Ce qui n’était au départ qu’un échange tendu entre lutteurs dans l’arène s’est mué en une affaire judiciaire d’envergure, révélant des pratiques frauduleuses au cœur du système d’état-civil sénégalais. À Wakhinane Nimzatt, dans la banlieue dakaroise, une enquête met en lumière un réseau structuré impliqué dans la falsification d’identités et l’obtention illégale de documents administratifs.
L’affaire, dévoilée par le quotidien L’Observateur, trouve son origine dans des accusations publiques du lutteur Zarco à l’encontre de son adversaire Bébé Diène. Ce qui semblait relever d’une simple rivalité sportive a rapidement suscité l’intérêt des autorités, conduisant à l’ouverture d’investigations par la Direction de l’automatisation des fichiers (DAF).
Une identité fictive soigneusement construite
Les investigations ont permis d’établir que le lutteur évoluant sous le nom de Bébé Diène n’est pas celui qu’il prétend être. Officiellement enregistré comme Mamadou Thiam dans les registres d’état-civil, il s’agirait en réalité d’Amadou Cheikhou Diallo, ressortissant guinéen.
Installé au Sénégal depuis près d’une décennie, l’intéressé aurait évolué dans l’arène sous une identité totalement fabriquée. Entendu par les enquêteurs, il a reconnu les faits et détaillé le mécanisme ayant permis cette usurpation.
Selon ses déclarations, il aurait fait appel à un commerçant, Boubacar Thiam, pour obtenir frauduleusement la nationalité sénégalaise. Ce dernier aurait mis en place une substitution de parenté, se présentant comme son père, avec la complicité de son épouse désignée comme mère fictive.
Ce stratagème lui a permis d’obtenir des documents officiels, notamment une carte nationale d’identité, un passeport et une licence de lutte.
Des complicités internes mises en cause
L’enquête révèle également l’implication présumée d’un agent de l’administration. Un officier d’état-civil en poste à Wakhinane Nimzatt, identifié comme Hamady Diallo, alias « Nini », est soupçonné d’avoir facilité l’établissement de faux actes.
Les autorités ont mis au jour un registre parallèle utilisé pour enregistrer des actes de naissance frauduleux. Ce document présente de nombreuses irrégularités : absence de numérotation logique, pages manquantes et défaut d’authentification officielle.
Ces éléments laissent penser à l’existence d’un système organisé permettant de produire et de valider des identités fictives en dehors des circuits légaux.
Un réseau aux ramifications multiples
Au-delà du cas du lutteur, les enquêteurs ont déjà identifié plusieurs bénéficiaires de ce réseau. Huit individus, en majorité de nationalité étrangère, auraient obtenu des documents sénégalais sur la base de fausses déclarations. D’autres suspects seraient actuellement sous surveillance.
Les faits reprochés sont particulièrement graves et portent notamment sur l’association de malfaiteurs, le faux et usage de faux en écriture publique, ainsi que l’obtention frauduleuse de documents administratifs.
Les principaux mis en cause ont été placés en garde à vue à la Sûreté urbaine de Dakar. Ils devraient être présentés au parquet dans les prochains jours, alors que l’enquête se poursuit pour démanteler l’ensemble du réseau.






