Neuf mois après la victoire écrasante de mars 2024 et un an après avoir obtenu une majorité confortable à l’Assemblée nationale, quel bilan tirer de l’action d’Ousmane Sonko ? En cette fin d’année 2025, le Premier ministre sénégalais n’est plus seulement le leader charismatique de l’opposition ou le stratège électoral ; il est devenu le chef d’orchestre exécutif d’une nation en pleine mutation. Entre réformes radicales et pragmatisme de gestion, son bilan 2025 est celui d’un homme qui a dû troquer le mégaphone pour la calculette.
Le Maître d’œuvre de la « Transformation Structurelle »
L’année 2025 restera comme celle où Ousmane Sonko a donné corps à sa vision économique. Sous sa houlette, le référentiel « Sénégal 2050 » est passé du stade de promesse de campagne à celui de feuille de route administrative.
Son grand succès de l’année réside dans la gestion des ressources naturelles. Sonko a tenu son pari : renégocier les contrats pétroliers et gaziers sans provoquer de rupture diplomatique majeure avec les multinationales. En injectant les premiers revenus des hydrocarbures dans des secteurs prioritaires comme l’agriculture et le numérique, il a posé les jalons de ce qu’il appelle la « souveraineté économique ». Sa méthode — une fermeté technique alliée à un patriotisme décomplexé — a séduit une large partie de la jeunesse, voyant en lui le protecteur des intérêts nationaux.
« Jub, Jubal, Jubanti » : Une gouvernance au scalpel
Au sein de l’administration, « l’effet Sonko » s’est fait sentir dès le premier semestre 2025. La lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics a été son cheval de bataille. Les audits qu’il a commandités ont révélé des dysfonctionnements massifs, entraînant une restructuration profonde des directions générales.
Cependant, cette rigueur a eu un revers. En 2025, de nombreux critiques et opérateurs économiques ont déploré une certaine « paralysie administrative ». La peur de la signature et la multiplication des contrôles ont parfois ralenti l’exécution des projets, créant un goulot d’étranglement dans l’investissement public. Sonko a dû, en fin d’année, rectifier le tir en appelant à une « célérité républicaine » pour ne pas gripper la machine économique.
Le défi social : L’épine de la vie chère
C’est sur le terrain social que le Premier ministre a essuyé ses critiques les plus vives. Malgré des mesures d’urgence pour stabiliser les prix du riz, de l’huile et du sucre, l’inflation globale a persisté tout au long de l’année 2025.
Pour une partie de la population, le discours sur la « souveraineté à long terme » peine à masquer l’urgence du quotidien. Les flops de l’année — notamment la persistance des départs de migrants clandestins et les difficultés du secteur informel à s’adapter aux nouvelles régulations fiscales — ont été directement imputés à son gouvernement. Ousmane Sonko a dû faire face, pour la première fois, à une forme de contestation sociale « post-rupture », où les attentes démesurées de la jeunesse se sont heurtées à la lenteur des cycles économiques.
Un style clivant, une stature affirmée
Politiquement, Sonko est resté fidèle à lui-même en 2025 : tranchant, direct, parfois abrasif. Ses relations avec la presse privée et certains corps intermédiaires sont restées tendues. S’il a réussi à maintenir une cohésion parfaite avec le président Bassirou Diomaye Faye — déjouant les pronostics de ceux qui prédisaient un duel au sommet de l’État — son omniprésence médiatique a parfois fait dire à ses détracteurs qu’il restait le « véritable patron ».
Un bâtisseur sous haute surveillance
Le bilan d’Ousmane Sonko en 2025 est celui d’une transition réussie vers la posture d’homme d’État, mais une transition qui n’est pas encore un triomphe social. Il a restauré l’autorité de l’État et lancé des réformes de fond que beaucoup jugeaient impossibles.
Le Premier ministre termine l’année avec une cote de popularité encore solide, portée par ses succès sur la souveraineté gazière et la moralisation de la vie publique. Mais en 2026, il ne pourra plus compter sur « l’héritage du régime précédent » pour justifier les lenteurs. L’année prochaine sera celle où le « Projet » devra impérativement se traduire par des emplois massifs et une baisse réelle du coût de la vie. Pour le « Lion de la Casamance », le plus dur commence maintenant.
La redaction de senegaldirect