L’année 2025 s’achève sur la pointe des pieds, laissant derrière elle un Sénégal en pleine métamorphose, oscillant entre l’effervescence d’une souveraineté retrouvée et la rudesse d’une économie qui peine encore à soulager le panier de la ménagère. Si 2024 fut celle de l’onde de choc électorale, 2025 aura été l’année du « crash-test » pour le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko.
Le Temps Fort : Le baptême du feu de « Sénégal 2050 »
Le grand moment de l’année restera sans conteste le lancement opérationnel du nouveau référentiel des politiques publiques : « Sénégal 2050 ». Exit le PSE, place à une vision centrée sur la transformation structurelle de l’économie.
Le pays a enfin goûté aux premiers dividendes de sa « manne » gazière et pétrolière. Avec le plein régime des gisements de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le Sénégal a vu sa croissance bondir. Mais la véritable prouesse du gouvernement aura été la renégociation pragmatique des contrats. Loin du « grand soir » brutal redouté par les marchés, l’État a réussi à augmenter sa part de revenus sans provoquer la fuite des investisseurs, consolidant ainsi une image de « réformateur responsable ».
Le Succès Diplomatique : Diomaye, le « Pont » de l’Afrique de l’Ouest
Sur la scène internationale, 2025 a consacré Bassirou Diomaye Faye comme le nouveau médiateur de la sous-région. Dans un climat marqué par les tensions au sein de la CEDEAO, le président sénégalais a réussi l’équilibrisme parfait : maintenir le dialogue avec les juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES) tout en restant un partenaire privilégié de l’Occident. Dakar est redevenue la plaque tournante diplomatique qu’elle ambitionnait d’être.
La Justice au scalpel : La « Reddition de Comptes »
L’autre temps fort fut l’ouverture des grands dossiers de la Reddition de Comptes. Les audits publiés dès le début de l’année ont mené à des procès médiatisés. Si pour les partisans du PASTEF, il s’agissait d’un acte d’assainissement nécessaire (« Jubanti »), l’opposition y a vu une « chasse aux sorcières ». Ce climat de tension politique a culminé lors des débats parlementaires, prouvant que la fracture politique héritée de la dernière décennie est encore loin d’être résorbée.
Les Flops : La persistance des ombres au tableau
Tout n’a pas été rose sous le ciel de la Teranga. Le plus grand « flop » — ou plutôt la plus grande tragédie — demeure la crise migratoire. Malgré les programmes de souveraineté alimentaire et les promesses d’emplois locaux, les pirogues de la mort ont continué de siller l’Atlantique vers les Canaries. 2025 a montré que le « logiciel » mental de la jeunesse, désireuse de partir à tout prix, ne se change pas par de simples décrets.
Sur le front social, le coût de la vie reste une épine dans le pied de l’exécutif. Malgré une baisse ciblée sur le riz et l’huile, l’inflation importée et les coûts de l’électricité ont maintenu une pression constante sur les foyers. Le sentiment de « vie chère » a nourri une certaine désillusion dans les banlieues de Dakar, où l’on attend toujours que la croissance « se mange ».
Tension avec le quatrième pouvoir
L’année a également été marquée par un climat délétère entre le nouveau pouvoir et une partie de la presse privée. Entre redressements fiscaux et mises en demeure, le dialogue a souvent été rompu. Si le gouvernement prône une « presse de qualité et responsable », les acteurs du secteur dénoncent une tentative d’asphyxie financière, ternissant légèrement le blason démocratique du pays à l’international.
Bilan : Un pays entre deux eaux
En somme, 2025 n’a pas été l’année du miracle promis, mais celle de la fondation. Le Sénégal a prouvé qu’il pouvait changer de paradigme économique et affirmer sa souveraineté sans basculer dans le chaos.
Le pays entre en 2026 avec des institutions solides et des caisses qui se remplissent grâce aux hydrocarbures. Mais le défi reste immense : transformer cette richesse macroéconomique en espoir tangible pour une jeunesse qui, elle, n’a pas le temps d’attendre 2050.
La redaction de senegaldirect