Le Sénégal amorce un virage stratégique majeur dans la gestion de ses ressources énergétiques. L’État a repris le contrôle intégral du bloc gazier Yakaar-Teranga, précédemment détenu par Kosmos Energy, marquant une volonté affirmée de renforcer sa souveraineté énergétique.
Pour le directeur général de Petrosen Holding, Alioune Guèye, cette décision dépasse largement le cadre d’un simple réajustement technique. Elle s’inscrit dans une vision globale visant à garantir au pays une meilleure maîtrise de ses ressources naturelles et de leurs retombées économiques.
Un potentiel gazier considérable orienté vers le marché local
Avec des réserves estimées entre 25 et 32 Tcf, le bloc Yakaar-Teranga représente un levier énergétique majeur. Selon les projections avancées, un seul Tcf pourrait couvrir plus de deux décennies de consommation nationale. Dans cette optique, les autorités privilégient une utilisation domestique du gaz, destiné en priorité à l’alimentation des centrales électriques, des industries et des ménages, plutôt qu’à l’exportation.
Vers une baisse significative du coût de l’électricité
L’un des principaux objectifs affichés est la réduction du coût de l’énergie. D’après Alioune Guèye, l’exploitation de ces ressources pourrait permettre de diminuer de moitié les coûts de production de l’électricité. Une telle évolution aurait des répercussions directes sur le pouvoir d’achat des ménages, mais aussi sur la compétitivité des entreprises, ouvrant la voie à une accélération de l’industrialisation.
Un modèle de financement repensé
Pour la première phase du projet, estimée à près de 1 800 milliards FCFA, Petrosen Holding entend explorer des mécanismes de financement alternatifs, en rupture avec les schémas traditionnels dominés par les grandes compagnies internationales. Le projet gazier GTA, développé notamment avec BP, est cité comme exemple d’un modèle où la majeure partie des retombées échappe aux États.
Dans cette perspective, les autorités sénégalaises envisagent de s’inspirer de modèles internationaux ayant réussi à capitaliser sur leurs ressources, notamment en Norvège ou en Arabie saoudite, tout en regardant des expériences africaines comme celle de l’Éthiopie.
Mobilisation nationale et souveraineté renforcée
L’approche envisagée repose également sur une mobilisation de l’épargne nationale et de la diaspora, à travers des instruments d’investissement adaptés. L’objectif est de financer le projet en interne tout en maximisant les retombées économiques pour le pays.
En choisissant d’opérer sans partenaire majoritaire, Petrosen Holding entend conserver la maîtrise complète du projet et orienter son exploitation vers les priorités nationales. Une stratégie assumée, fondée sur l’idée que les intérêts des compagnies internationales ne coïncident pas toujours avec ceux des États producteurs.
Ousmane Diop/senegaldirect




