Dans un entretien franc et détaillé, Aly Ngouille Ndiaye est revenu sur plusieurs dossiers sensibles de l’État sénégalais, confrontant les discours actuels du gouvernement à la réalité de sa gestion passée. Ancien ministre de l’Énergie et des Mines, de l’Industrie et de l’Agriculture sous le régime de Macky Sall, il a notamment contesté les accusations de mauvaise attribution de permis pétroliers et miniers.
« C’est vague », a-t-il tranché, réfutant les allégations selon lesquelles certains permis auraient été attribués sur des « feuilles volantes », comme l’a affirmé le ministre Birame Soulèye Diop. Selon lui, toutes les procédures étaient strictement encadrées par le Code pétrolier et menées par des fonctionnaires expérimentés.
S’agissant des plus de 300 titres miniers récemment retirés, l’ancien ministre a relativisé la portée de ces mesures. « Tous les régimes procèdent à des évaluations et à des réajustements », a-t-il rappelé, soulignant que certains permis concernent des matériaux de faible valeur comme le sable ou le calcaire, et que des réajustements administratifs sont courants dans le secteur.
Sur le projet emblématique Yakaar-Téranga, il a précisé la distinction entre reprise politique et restitution administrative. Si l’État reprend la main, trouver un nouvel investisseur reste complexe dans un contexte économique mondial défavorable. Concernant l’exploration onshore par Petrosen avec un budget de 100 millions de dollars, il a rappelé que même des majors internationales ont investi des montants similaires sans découvrir de pétrole exploitable, citant le bloc Rufisque Offshore profond (Rep).
L’ancien ministre a également critiqué la communication gouvernementale sur la renégociation des contrats. « Je n’ai pas vu un seul contrat sur lequel on pourrait dire : voilà ce qui était au départ et voilà ce qui a été obtenu », a-t-il déclaré, dénonçant une absence de transparence. Il a averti que toute remise en cause brutale des accords pourrait exposer le Sénégal à des contentieux lourds, notamment sur la production d’engrais via les Industries Chimiques du Sénégal (ICS).
Concernant le contrat d’Indorama, il a rappelé que l’État avait acquis sa participation de 15 % dès 2008, dans un contexte de quasi-faillite des ICS, et que cette gestion avait permis de redresser l’entreprise. Sur le marché de matériel agricole attribué à Intermaq, il a réfuté les accusations de surfacturation, soulignant que les avenants visaient à renforcer l’équipement disponible pour les agriculteurs avant l’hivernage.
Tout au long de l’entretien, Aly Ngouille Ndiaye a défié les autorités actuelles, notamment Ousmane Sonko, de produire des preuves tangibles. Pour lui, beaucoup d’annonces restent « peu démontrées sur le plan factuel », et seules des accusations juridiquement solides peuvent justifier une action contre les anciens responsables.
OUSMANE DIOP/SENEGALDIRECT






