Le Premier ministre Ousmane Sonko a livré une analyse critique de la gestion passée des ressources naturelles du Sénégal, tout en dévoilant les grandes orientations que son gouvernement entend adopter pour réformer les secteurs stratégiques des hydrocarbures et des mines. Lors d’une rencontre avec la presse, il a évoqué plusieurs dossiers sensibles, notamment les projets gaziers Greater Tortue Ahmeyim et Yakaar‑Teranga, ainsi que la révision de certains contrats pétroliers.
GTA : un contrat jugé déséquilibré
S’exprimant sur le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), exploité conjointement par le Sénégal et la Mauritania, le chef du gouvernement a estimé que les accords conclus sous l’ancienne administration n’avaient pas laissé au pays une marge de négociation suffisante. Sans entrer dans le détail des clauses contractuelles, il a affirmé que les retombées financières pour le Sénégal restaient limitées au regard des montants générés par l’exploitation.
Selon lui, l’État entend désormais publier les prévisions complètes de revenus liés aux différents blocs gaziers pour les vingt prochaines années, dans un souci de transparence envers les citoyens. Le gouvernement souhaite également s’assurer que le gaz issu du projet GTA puisse contribuer à l’approvisionnement du marché local.
Yakaar-Teranga : priorité à l’économie nationale
Le dossier du champ gazier Yakaar-Teranga a également été abordé. Présenté comme un projet entièrement sénégalais avec des réserves estimées entre 2,7 et 3 TCF, ce bloc fait actuellement l’objet de discussions visant à garantir un approvisionnement prioritaire du marché intérieur avant toute exportation.
D’après les estimations évoquées par le Premier ministre, cette orientation pourrait générer environ 94 milliards de francs CFA pour l’économie nationale, auxquels s’ajouteraient 8 milliards de francs CFA d’avantages fiscaux. L’objectif affiché est de soutenir l’industrialisation du pays et de faciliter l’accès au gaz naturel pour les industries locales.
Toutefois, Sonko a indiqué que certaines irrégularités procédurales avaient été relevées dans le renouvellement du contrat intervenu en 2024, en pleine période électorale. Des discussions sont en cours afin de trouver une solution consensuelle garantissant les intérêts du Sénégal.
résiliation de plusieurs blocs pétroliers
Dans le cadre de la réorientation de la politique énergétique, le gouvernement a déjà procédé à la résiliation de plusieurs permis jugés improductifs ou non conformes aux engagements contractuels. Les blocs de Thiès profond, Saint-Louis offshore profond et Dakar offshore figurent parmi ceux concernés par ces décisions.
Pour le Premier ministre, cette démarche s’inscrit dans une nouvelle doctrine pétrolière fondée sur un rôle plus affirmé de l’État dans la définition de la stratégie énergétique. Le Sénégal entend désormais sélectionner ses partenaires en fonction de leur capacité à s’inscrire dans une vision de développement national et d’exploitation durable des ressources.
un rapport controversé et des enquêtes annoncées
Au-delà des questions économiques, le chef du gouvernement a également évoqué un rapport administratif qui aurait, par le passé, mis en garde contre la signature d’un décret approuvant une convention pétrolière jugée contraire au Code pétrolier. Selon lui, ce document aurait disparu des archives officielles avant d’être retrouvé dans des copies conservées par des particuliers.
D’après les informations mentionnées par Sonko, ce rapport ferait état de soupçons de corruption et de pots-de-vin liés à certaines décisions prises sous l’ancienne administration. Le Premier ministre a annoncé que l’ensemble des documents disponibles serait transmis aux commissions d’enquête de l’Assemblée nationale du Sénégal, afin d’établir les responsabilités éventuelles.
De nouvelles annonces pourraient intervenir dans les prochains jours, alors que le gouvernement affirme vouloir faire toute la lumière sur la gestion passée des ressources énergétiques du pays.






