Si le silence règne parfois dans les rangs dégarnis de l’opposition à l’Assemblée nationale, le vacarme est assourdissant sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux. Un an après la consolidation du pouvoir du duo Diomaye-Sonko, la bataille politique au Sénégal s’est déplacée. Elle ne se joue plus seulement dans les urnes ou dans l’Hémicycle, mais à travers une armée de « chroniqueurs partisans » et de journalistes militants qui redessinent, chaque soir, les lignes de front de la démocratie sénégalaise.
La migration du combat politique vers le studio télé
L’opposition sénégalaise, incarnée par les coalitions Takku Wallu ou Samm Sa Kaddu etc.., souffre d’un déficit arithmétique face à la super-majorité de Pastef. Pour exister, elle a dû sous-traiter sa communication. Ce phénomène a donné naissance à une radicalisation de l’espace médiatique. Les grandes chaînes privées et les web-TV sont devenues des tranchées où chaque camp envoie ses soldats de l’opinion.
On assiste à une inversion des rôles spectaculaire par rapport à la période 2021-2023. Les voix qui défendaient hier le « Projet » avec virulence sont devenues les gardiens du temple, qualifiant toute critique de « sabotage ». À l’inverse, les anciens thuriféraires du régime de Benno Bokk Yakaar se sont mués en procureurs impitoyables, scrutant la moindre hausse du prix de l’huile ou le moindre retard dans les chantiers de l’État.
Le règne du « Journalisme d’Opinion » et des « Insulteurs Publics »
La figure du journaliste neutre, arbitre impartial de l’élégance démocratique, semble être une espèce en voie de disparition à Dakar. L’analyse politique a laissé place à la foire d’empoigne.
D’un côté, une « presse de riposte » proche de l’opposition, qui amplifie les maladresses du gouvernement, diffuse des rumeurs de tensions entre le Président et son Premier ministre, et peint un tableau apocalyptique de l’économie.
De l’autre, une « presse bouclier », composée de nouveaux médias digitaux et de chroniqueurs transfuges, qui justifie chaque décision de l’Exécutif, accusant systématiquement l’opposition de manipulation ou de nostalgie de la « mal-gouvernance ».
Cette polarisation est exacerbée par les chroniqueurs-vedettes. Souvent sans formation journalistique, ces acteurs, mi-activistes mi-analystes, sont devenus les véritables chefs de l’opposition. Leurs éditoriaux sont des réquisitoires, leurs émissions des tribunaux populaires. Pour l’opposition politique traditionnelle, affaiblie et parfois inaudible, ces chroniqueurs sont devenus indispensables : ils portent les coups que les leaders politiques, tenus par une certaine réserve républicaine, n’osent pas toujours asséner.
Les réseaux sociaux : le tribunal de la dernière instance
Au-delà des médias traditionnels, c’est sur TikTok et Facebook que la guerre est la plus sale. Les « influenceurs partisans » y mènent des campagnes de dénigrement personnel d’une violence inouïe. L’opposition y trouve un terrain fertile pour mobiliser la jeunesse désenchantée par la vie chère, tandis que le pouvoir y déploie sa « Task Force » numérique pour noyer la contestation sous un flot de contre-récits.
Une démocratie abîmée par la désinformation ?
Le danger pour le Sénégal, en cette fin 2025, est la disparition du factuel au profit de l’émotionnel. L’opposition, n’ayant plus les leviers institutionnels pour bloquer les lois, mise tout sur la bataille de l’opinion par procuration. Le risque est de voir le débat public se résumer à un affrontement de propagandes, où la vérité est la première victime collatérale. Dans ce brouhaha médiatique, le citoyen peine à distinguer l’information vérifiée de la manipulation partisane, créant un climat de méfiance permanente nuisible à la stabilité du pays.
La rédaction de senegaldirect