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Economie post-coronavirus: Amadou Hott rassure les sénégalais

Depuis le début de la crise de la Covid-19, les Sénégalais ont découvert un Amadou Hott réactif et combatif. Le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération est en première ligne pour expliquer l’impact de la pandémie sur l’économie sénégalaise et pour coordonner le Programme de résilience économique et social (Pres) concocté par le gouvernement dans le but d’amoindrir les conséquences de la pandémie. Dans cet entretien, il fait le point sur la réponse gouvernementale et dessine les grandes lignes du plan de relance économique sur lequel travaille actuellement son département.
Est-ce que les mesures annoncées dans le Programme de résilience économique et sociale (Pres) ne sont pas trop conjoncturelles pour contenir les effets de la Covid-19 et assurer une relance de l’activité ?

La pandémie de la Covid-19 a donné lieu à une crise économique, financière et sociale sans précédent à l’échelle mondiale. Tous les pays se sont mobilisés pour atténuer dans un premier temps ce tsunami. Cette situation a justifié tous ces plans d’urgence constatés à travers le monde selon les moyens de chaque État. Notre pays n’a pas été en reste. En effet, face à l’impérieuse nécessité de prendre en urgence des mesures d’atténuation des effets de la crise de Covid-19, le gouvernement a mis en place un Programme de résilience économique et sociale (Pres) pour apporter la riposte à la pandémie. Le Pres est décliné en quatre piliers : renforcement du secteur de la santé ; renforcement de la résilience sociale des populations incluant la diaspora ; préservation de la stabilité macroéconomique et financière par le soutien au secteur privé et le maintien des emplois ; et un approvisionnement régulier du pays en hydrocarbures, produits médicaux, pharmaceutiques et denrées de première nécessité.

Comme vous l’avez constaté, le Pres vise à aider les entreprises à faire face à la crise et à préparer l’après-crise. C’est pour cette raison que le gouvernement travaille sur un plan plus global de relance qui sera bâti notamment sur les acquis positifs du Pres et de la première phase de mise en œuvre du Pse ainsi que des enseignements tirés de la crise et de la situation réelle des secteurs.

Nous sommes également conscients que pour que la relance attendue soit au rendez-vous, il est important de s’assurer que les branches à fort potentiel de création de richesses et d’emplois sont bien prises en compte. C’est la raison pour laquelle, mes services travaillent actuellement sur les évaluations des secteurs d’activité et l’ajustement du Plan d’actions prioritaires de la phase II du Pse. En un mot, un Pse post-Covid-19 est en gestation. Il s’agit, en effet, de revisiter les objectifs stratégiques et les résultats attendus de la phase II du Pse afin de renforcer la souveraineté sanitaire et alimentaire ainsi que l’industrialisation. Ces initiatives démontrent, au-delà du contexte actuel assez particulier, une volonté et un engagement sans faille du Président Macky Sall et de l’ensemble du gouvernement à relancer notre économie.

Sur quels leviers précis l’Etat compte-t-il s’appuyer pour assurer une reprise de l’économie ?

Il est évident que s’il y a une leçon à retenir de cette crise, c’est qu’il faut d’abord compter sur soi-même. Il faut qu’on accélère la correction de certaines tendances de notre économie, notamment notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur en produisant davantage et en consommant nos produits et construire des bases solides pour exporter. Il s’agit d’encourager les mesures et les initiatives qui mettront en œuvre de nouvelles façons de produire et de consommer à petite et à grande échelles. Au-delà de la promotion du consommer local, il urge de travailler à l’avènement d’une véritable souveraineté alimentaire et sanitaire du pays. Dans les mois à venir, le Pse post-Covid-19, comme je viens de l’indiquer, posera les jalons d’un modèle économique qui privilégiera la souveraineté alimentaire, la redynamisation de l’industrialisation dans des domaines stratégiques tels que la pharmacie, le renforcement du capital humain (protection sociale, éducation et santé) ainsi que le développement du numérique et des infrastructures logistiques.

La transformation structurelle enclenchée durant la première phase de mise en œuvre du Pse sera accélérée. Il est devenu plus que nécessaire de poursuivre les réformes dans la conduite des politiques publiques. Il s’agira de remettre notre économie sur la trajectoire de la phase I du Pse et d’atteindre rapidement l’émergence socioéconomique. Cette démarche nous permettra de garantir la cohésion sociale de notre pays. En plus de ses investissements propres, l’Etat nouera plus de partenariats avec le secteur privé et mettra en place des mécanismes pour un meilleur accès des entreprises au financement.

Certains économistes reprochent à l’Etat de n’avoir pas donné les vraies projections sur le taux de croissance attendu en 2020 ; ils évoquent plutôt une récession. Qu’en est-il exactement ?

Je pense que le temps n’est pas à des polémiques ou à une contestation de chiffres. L’heure est grave. Et beaucoup de nos compatriotes souffrent. Le calcul des agrégats macroéconomiques est fait par des techniciens qui ont du métier. Ils sont des agents assermentés et soucieux de respecter la loi et la déontologie. Par ailleurs, je dois rappeler que notre pays a adhéré à la Norme spéciale de diffusion des données (Nsdd) du Fmi, devenant ainsi le 4ème pays de l’Afrique subsaharienne. Cette adhésion est la preuve d’une amélioration de la qualité des données, de l’élargissement des champs couverts et de la réduction des délais de diffusion ; tout ceci incombe de notre part une obligation de transparence. Et c’est sur la base du Pres qui est bâti à partir de ce cadrage macroéconomique que nous discutons avec les partenaires pour mobiliser les ressources. L’exercice de prévision économique nécessite de la rigueur et de la pondération. Se projeter demande une collecte et un suivi périodique d’informations, aux niveaux interne et international, pour mieux apprécier l’avenir. A titre illustratif, il convient de noter que chaque mois, un document dénommé « point de conjoncture » est produit pour apprécier la situation économique et financière du pays. Je dois dire que nos prévisions de croissance du fait de la crise ne sont pas éloignées de celles du Fmi qui a prévu un taux de croissance de 3 % pour 2020 pour le Sénégal. Evidemment, si les hypothèses et les informations pour les mois à venir changent, les prévisions seront modifiées.

Quel devrait être l’apport de la Bceao dans la lutte contre les effets de la Covid-19 sur l’économie nationale ?

La Banque Centrale a bien appréhendé à sa juste valeur les enjeux socioéconomiques liés à la pandémie de la Covid-19. Elle est en train de jouer parfaitement son rôle en assurant la liquidité du marché bancaire. Elle a pris à ce titre un ensemble de mesures d’accompagnement du système bancaire et aménagé les conditions d’accès au refinancement en intégrant de nouvelles entreprises. Les entreprises sont également concernées par les mesures avec des possibilités de report d’échéances. D’ailleurs, la Banque centrale a publié un communiqué qui précise les modalités de report d’échéances. Ces reports d’échéances s’adressent également aux clients des Systèmes financiers décentralisés (Sfd). La Bceao a également créé pour les Trésors publics un guichet Covid-19 qui permet aux Etats membres de l’Union d’émettre des titres Covid-19 pour lever rapidement des ressources afin de pouvoir faire face aux dépenses urgentes liées à la pandémie. Le plus important, c’est la disponibilité affichée par la Bceao à examiner toutes les difficultés auxquelles les banques seraient confrontées durant cette crise dans l’exercice de leur rôle de soutien de l’activité économique

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