La tension monte d’un cran entre l’État du Sénégal et les opérateurs du secteur des hydrocarbures, faisant planer le spectre d’une crise majeure de l’approvisionnement en carburant. Alors que les discussions autour du paiement des redevances semblaient s’orienter vers une solution concertée, l’administration a opté pour une ligne dure, ouvrant la voie à des mesures coercitives susceptibles de désorganiser tout le circuit de distribution.
Selon des informations rapportées par L’Observateur et relayées par IGFM, la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) a enclenché une phase de pression accrue. Après l’envoi de mises en demeure aux distributeurs, l’État s’apprêterait désormais à recourir aux Avis à Tiers Détenteur (ATD), un outil administratif permettant au Trésor public de saisir directement les avoirs bancaires des entreprises concernées afin de recouvrer les montants exigés.
Cette perspective suscite une vive inquiétude chez les pétroliers. Ameth Guissé, président de l’Association Sénégalaise des Pétroliers (ASP) et directeur général de MAACK Petroleum, estime que cette démarche équivaut à une asphyxie programmée du secteur. Il rappelle que les prix des carburants sont strictement encadrés par l’État et que les marges des distributeurs sont déjà fortement compressées, laissant peu de marge de manœuvre financière.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire cette confrontation, les opérateurs ne remettent pas en cause le principe de la redevance. Leur revendication porte sur son mode de perception. Ils plaident pour une intégration directe de la taxe dans la structure officielle des prix ou dans le Prix du pétrole importé (PPI), à l’image du mécanisme du Fonds de soutien (FSIPP), afin d’assurer une collecte plus fluide et moins pénalisante pour leur trésorerie. Ces propositions, pourtant évoquées lors des derniers ajustements tarifaires, n’ont pas été concrétisées.
Le malaise est accentué par les retards de paiement que les distributeurs imputent à l’État. Selon l’ASP, les remboursements liés à la caisse de péréquation accusent un retard de plus de six mois, forçant les entreprises à recourir à l’endettement pour continuer à fonctionner. Les pétroliers dénoncent également la lourdeur des procédures actuelles, en comparaison avec l’ancien Comité national des hydrocarbures, jugé plus réactif.
Face à la menace imminente de blocage des comptes bancaires, les acteurs du secteur lancent un avertissement : l’application des ATD pourrait provoquer une rupture brutale de l’approvisionnement en carburant, avec des conséquences économiques et sociales majeures. Un scénario qui, selon eux, risquerait de paralyser le pays si aucun compromis n’est rapidement trouvé.
MOUSSA NOEL/SENEGALDIRECT






