Depuis la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) le 18 janvier dernier, une vague de désinformation sans précédent déferle sur les réseaux sociaux. Des rumeurs alarmistes font état de Marocains « privés de quitter leur domicile » ou vivant dans un climat de « terreur » au Sénégal. Enquête sur une manipulation numérique qui tente de fragiliser l’axe Dakar-Rabat.
« État d’urgence pour la communauté marocaine », « Appels à l’évacuation », « Marocains barricadés ». Depuis 48 heures, ces titres chocs inondent certains comptes sur X (ex-Twitter) et TikTok, souvent accompagnés de vidéos de violences sorties de leur contexte ou de photos générées par intelligence artificielle. Pourtant, sur le terrain à Dakar, Saint-Louis ou Thiès, la réalité est tout autre.
Certes, la finale de la CAN 2025, remportée par le Sénégal face au Maroc (1-0) dans un climat de haute tension sportive à Rabat, a laissé des traces.
Cependant, l’Ambassadeur du Maroc au Sénégal, S.E.M. Hassan Naciri, a été catégorique lors de sa déclaration ce mercredi : « La situation est sous contrôle. En dehors de l’incident du café, aucune plainte officielle n’a été enregistrée par nos services. La police sénégalaise est intervenue avec diligence et professionnalisme. » Loin de la « terreur » décrite, la vie quotidienne des milliers de ressortissants marocains se poursuit normalement.
Le « fact-checking » révèle une stratégie coordonnée de déstabilisation. Plusieurs vidéos circulant comme étant des « agressions de Marocains à Dakar » sont en réalité des images datant de manifestations politiques de 2024 ou des scènes de liesse après la victoire des Lions de la Teranga, détournées pour simuler des émeutes.
Des observateurs numériques pointent du doigt des « fermes à trolls » et des comptes inauthentiques, dont certains semblent basés hors du continent, cherchant à exploiter la passion du football pour empoisonner les relations diplomatiques. Le Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie (CORED) au Sénégal a d’ailleurs mis en garde les médias contre cette « circulation virale de contenus générés par IA visant à envenimer la situation ».
Sur le terrain, la communauté marocaine elle-même dément ces informations alarmistes. Dans un communiqué conjoint publié ce 21 janvier, la Ligue des Étudiants Marocains, le Collectif des Médecins Marocains au Sénégal et les Amicales de l’UCAD ont appelé au discernement :
« Nous appelons tout le monde à faire preuve de retenue.Les relations entre le Sénégal et le Maroc sont séculaires et fraternelles. Ne laissons pas le sport ou des rumeurs numériques briser ce qui a mis des siècles à se construire. »
Preuve que la crise est purement numérique et non politique : l’agenda diplomatique reste inchangé. Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, est attendu à Rabat la semaine prochaine pour une visite officielle. Parallèlement, la 15ème session du Grand Comité Mixte Maroc-Sénégal se tiendra les 26 et 27 janvier, confirmant la solidité de ce partenariat stratégique.
Les affirmations selon lesquelles les Marocains seraient « privés de sortir » ou vivraient dans la « terreur » sont FAUSSES. Elles relèvent d’une campagne de désinformation visant à créer une psychose artificielle. La vigilance reste de mise face aux contenus non sourcés sur les réseaux sociaux.
Moussa Noel /SENEGALDIRECT/fact-checking









