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Le tandem Diomaye-Sonko – Fissure réelle ou stratégie du « Bon et du Mauvais Flic » ?

Depuis l’accession au pouvoir du PASTEF en 2024, le Sénégal vit une expérience politique inédite : une dyarchie de fait où le Président de la République (Bassirou Diomaye Faye) n’est pas le chef du parti au pouvoir, ce rôle étant dévolu à son Premier ministre (Ousmane Sonko).

Récemment, des murmures, amplifiés par la presse et l’opposition, font état de « frictions », de « désaccords » ou de « problèmes protocolaires » entre les deux hommes. Mais une lecture plus froide de la situation permet de poser une hypothèse audacieuse : et si ce que l’on perçoit comme un problème était en réalité une stratégie de gouvernance concertée ?

 

1. L’illusion du « Problème » : Le piège du Bicéphalisme

Les rumeurs de discorde reposent sur une lecture classique et institutionnelle de la Ve République (dont le Sénégal hérite en partie) : « Il ne peut y avoir deux crocodiles dans le même marigot ».

  • Le décalage de style : Diomaye Faye cultive une image présidentielle : calme, mesuré, rassembleur, et garant des institutions. Ousmane Sonko conserve son ADN d’opposant radical : verbe haut, discours de rupture, et confrontation directe avec les « saboteurs » ou l’opposition.

  • L’interprétation médiatique : Les observateurs ont tendance à interpréter chaque silence de Diomaye face aux sorties de Sonko comme une faiblesse, ou chaque initiative de Sonko comme une usurpation des prérogatives présidentielles.

  • L’objectif de l’opposition : L’opposition n’a qu’une seule carte à jouer pour espérer revenir : faire exploser le duo. Par conséquent, chaque micro-événement est monté en épingle pour créer une prophétie autoréalisatrice de rupture.

2. L’hypothèse de la « Ruse » : La stratégie du « Bad Cop / Good Cop »

Si l’on considère que le slogan « Diomaye moy Sonko » (Diomaye, c’est Sonko) est toujours valide, alors les supposées tensions pourraient être une répartition intelligente des rôles.

  • Occuper tout le terrain : Cette stratégie permet au duo de saturer l’espace politique.

    • Diomaye (Le « Good Cop ») : Il rassure les partenaires internationaux, les investisseurs, les chefs religieux et l’administration. Il incarne la stabilité de l’État.

    • Sonko (Le « Bad Cop ») : Il galvanise la base militante, porte les réformes impopulaires mais nécessaires, et attaque les adversaires politiques. Il sert de « paratonnerre », absorbant les critiques pour laisser le Président immaculé.

  • Leurre politique : Laisser croire à une dissension est une vieille ruse de guerre (Sun Tzu). Pendant que l’opposition et les médias dissertent sur leur relation personnelle, ils ne se concentrent pas sur le fond des réformes en cours. Le bruit médiatique autour de leur « brouille » sert d’écran de fumée.

  • Gestion de la temporalité : Sonko, en tant que PM, est dans le temps court de l’action et du combat. Diomaye est dans le temps long de la vision. Cette dualité permet d’agir vite tout en paraissant serein.

3. La réalité : Une symbiose contrainte

Au-delà de la ruse ou du problème, la réalité est sans doute celle d’une interdépendance vitale.

  • Le « Suicide politique » mutuel : Ils savent pertinemment que leur rupture signerait leur arrêt de mort politique. Diomaye tire sa légitimité populaire de la machine électorale de Sonko ; Sonko tire sa légitimité institutionnelle de la signature de Diomaye. Ils sont condamnés à s’entendre.

  • La loyauté testée : L’histoire a montré que Diomaye a accepté la prison et l’ombre pour Sonko, et Sonko a accepté de s’effacer pour faire élire Diomaye. Ce niveau de confiance, forgé dans l’épreuve, ne se brise pas pour des querelles de protocole ordinaires.

Est-ce une ruse ? Probablement, oui, mais sous la forme d’une tactique politique.

Ce que l’on qualifie de « problème » est plus vraisemblablement une mise en scène des tempéraments. Le duo joue sur deux tableaux pour satisfaire deux électorats : ceux qui veulent de l’ordre et de la respectabilité (Diomaye) et ceux qui veulent de la rupture et de la justice (Sonko).

Tant que le Président signe les décrets et que le Premier ministre exécute la politique sans blocage institutionnel réel, les « bruits » de couloirs doivent être considérés comme de l’écume politique. Le véritable danger pour eux ne viendra pas de leur relation, mais des résultats économiques attendus par les Sénégalais.

La rédaction de senegaldirect

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