Si l’année 2025 a été celle de la mise en œuvre du « Projet » pour le pouvoir en place, elle restera, pour l’opposition sénégalaise, celle d’une douloureuse traversée du désert. Éparpillée, affaiblie par les audits judiciaires et en quête de leadership, l’opposition a passé douze mois à tenter de se réinventer sur un échiquier politique totalement bouleversé par l’hégémonie du PASTEF.
L’année 2025 a sonné le glas de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY). Ce qui fut une machine de guerre électorale pendant douze ans s’est fragmenté en plusieurs pôles antagonistes.
D’un côté, les « loyalistes » de l’ancien régime, orphelins d’un Macky Sall en retrait entre le Maroc et l’Europe, ont peiné à exister. De l’autre, Amadou Ba, arrivé second à la présidentielle de 2024, a officiellement pris ses distances avec l’APR (Alliance pour la République) pour lancer sa propre formation. Sa stratégie en 2025 a été celle de la « retenue républicaine », se positionnant comme une alternative modérée, loin des invectives, mais cette posture a eu du mal à imprimer face à la radicalité des débats actuels.
Le grand fait marquant de 2025 pour l’opposition a été la séquence de la reddition de comptes. Les audits lancés par le gouvernement Diomaye-Sonko ont abouti à l’ouverture de nombreux dossiers judiciaires visant d’anciens ministres et directeurs généraux.
Cette situation a placé l’opposition dans une posture défensive permanente. Chaque tentative de critique politique contre le gouvernement a souvent été balayée par l’exécutif à coups de révélations sur la gestion passée. Pour de nombreux observateurs, cette « judiciarisation » de la vie politique, bien que justifiée par une demande sociale de transparence, a neutralisé les capacités de mobilisation de l’opposition, ses cadres étant plus occupés à préparer leur défense devant la justice qu’à battre le rappel des troupes dans les rues.
Le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade a traversé une année 2025 fantomatique. Malgré quelques communiqués de presse, le parti semble avoir perdu son ancrage populaire, concurrencé sur sa base sociale par le PASTEF. La question de la succession de Karim Wade, toujours en exil, n’a pas été tranchée, laissant le parti dans un flou qui profite au pouvoir en place. Même constat pour le Parti Socialiste (PS) et l’AFP de Moustapha Niasse, qui peinent à attirer une jeunesse sénégalaise dont la moyenne d’âge est de 19 ans.
C’est finalement hors des partis traditionnels que l’opposition a trouvé son écho le plus fort en 2025. Le mécontentement lié à la « vie chère » et à la persistance du chômage a permis à de nouvelles figures, issues de la société civile ou de mouvements citoyens, d’émerger.
L’opposition a tenté de surfer sur ces « flops » gouvernementaux (inondations, émigration clandestine) pour dénoncer « l’inexpérience » du tandem au pouvoir. Cependant, faute d’une coalition unie et d’un programme alternatif clair, ces critiques sont restées éparses. La tentative de créer un « Bloc Libéral et Démocratique » à la mi-2025 a échoué, minée par des querelles d’ego sur le choix du chef de file.
Privée de tribunes officielles et de majorité au Parlement (depuis les législatives de fin 2024), l’opposition s’est massivement repliée sur les réseaux sociaux. 2025 a vu naître une nouvelle génération de « chroniqueurs d’opposition » qui mènent la guérilla informationnelle contre les activistes pro-gouvernementaux. Ce combat de narratifs a été le principal terrain de confrontation politique de l’année, rendant le débat public souvent électrique et polarisé.
L’opposition sénégalaise termine l’année 2025 dans un état de recomposition forcée. Le vieux système politique a été balayé, et les nouvelles figures de résistance peinent encore à s’imposer comme des alternatives crédibles.
Pour l’opposition, l’enjeu de 2026 sera de réussir l’unité. Si elle reste fragmentée entre les « anciens » du régime Sall et les nouveaux déçus du « Projet », elle risque de laisser le champ libre au PASTEF pour de nombreuses années encore. Le Sénégal a besoin d’une opposition forte pour l’équilibre de sa démocratie ; en 2025, cette opposition a surtout montré qu’elle cherchait encore sa boussole.
La rédaction de senegaldirect