C’est une question qui hante les couloirs du siège morose de l’Alliance pour la République (APR) à Mermoz et qui alimente les débats dans les salons dakarois. Macky Sall, l’homme qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans, rentrera-t-il au bercail ? Depuis sa villa de Marrakech, l’ancien Chef de l’État observe à la jumelle un pays qui a radicalement changé de visage sous l’ère Diomaye-Sonko. Entre désir de reprendre la main sur son parti en déshérence et crainte des foudres judiciaires, l’équation du retour semble, pour l’heure, insoluble.
La télécommande ne marche plus
Il y a un an, lors des législatives de novembre 2024, Macky Sall avait tenté un pari audacieux : mener la liste Takku Wallu depuis l’étranger. Si la stratégie a permis de sauver les meubles, elle a montré ses limites. Aujourd’hui, l’APR est un navire sans capitaine, qui prend l’eau de toutes parts. Les cadres, lassés de recevoir des directives via WhatsApp, quittent le navire les uns après les autres, cédant aux sirènes de la transhumance ou prenant une retraite anticipée.
Pour ses partisans restés fidèles, le message est clair : « Sans le retour physique du patron, la boutique va fermer ». Mais Macky Sall sait que la politique sénégalaise ne se fait pas par procuration. Pour exister face au rouleau compresseur de Pastef, il faut être là, respirer la poussière de Dakar et serrer des mains.
Le spectre de la Haute Cour de Justice
Cependant, l’obstacle majeur n’est pas politique, il est judiciaire. La « reddition des comptes », slogan phare du duo Diomaye-Sonko, n’est plus un simple argument de campagne. Les audits se sont multipliés en 2025, et plusieurs dossiers brûlants de l’ancien régime sont sur la table du Procureur.
Si Macky Sall bénéficie d’un statut d’ancien Chef d’État, son immunité n’est pas une armure absolue, surtout si la Haute Cour de Justice venait à être activée pour des faits de haute trahison ou de gestion calamiteuse des ressources. Revenir à Dakar, c’est prendre le risque d’une humiliation : une convocation, une audition, voire pire. L’image d’un ancien président traîné devant les juges est un scénario que Macky Sall veut éviter à tout prix, lui qui tient tant à son image à l’international.
Le syndrome Abdoulaye Wade
Certains comparent sa situation à celle d’Abdoulaye Wade en 2012. Mais la comparaison s’arrête là. Wade avait gardé une cote de popularité affective (« Gorgui ») et une base militante fanatique. Macky Sall, lui, a quitté le pouvoir après trois années de tensions extrêmes et de répression (2021-2024). Le ressentiment d’une partie de la jeunesse est encore vif. Un retour pourrait être perçu comme une provocation et réveiller des démons que le pays tente d’apaiser.
L’attente stratégique
Alors, que fera-t-il ? Pour l’instant, l’ancien président joue la montre. Il parie sur l’usure du pouvoir actuel. Il attend que la vie chère ou d’éventuelles dissensions au sommet de l’État (entre Diomaye et Sonko) fassent regretter son époque à une partie des Sénégalais.
Mais ce calcul est risqué. En politique, l’absence est le plus sûr chemin vers l’oubli. Plus Macky Sall reste à l’ombre des palmiers de Marrakech, plus son héritage politique s’effrite à Dakar. Sauf garantie diplomatique en béton ou amnistie tacite négociée dans le plus grand secret, il est fort probable que l’année 2026 se fasse, elle aussi, sans lui. Macky Sall est devenu un spectateur de sa propre succession.