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MAWLID: Comment MAODO a implanté le Gamou au Sénégal ?

La célébration de l’anniversaire de la naissance du Prophète Mouhammad (Paix, salut et bénédiction sur lui, PSBL) par El Hadj Malick Sy qui en fut au Sénégal l’initiateur le plus célèbre a, contrairement à la croyance populaire, eu d’abord pour théâtre Saint-Louis avant que Tivaouane, ville où s’établit ensuite le saint homme, ne prenne le relais et ce jusqu’à nos jours.

En effet, raconte Mamadou Gaye de la dahira Moutahabina Filahi de la Patte d’Oie, Maodo célébrait, au début et bien avant de se rendre à Tivaouane, la naissance de Mouhammad (PSL) à Saint-Louis où en compagnie de son grand moukhadam El Hadji Rawane Ngom ils se partageaient la lecture du Saint Coran.
Ainsi, El Hadj Malick se chargeait de la première partie du Livre saint et son disciple de la seconde, renseigne M. Gaye selon qui le saint homme qualifiait à l’époque la cérémonie religieuse de ’’Takhsimoul maouloudou nabi’’ (en wolof, magal) l’anniversaire de la naissance de Mouhammad.

Le vocable viendra ensuite lorsque en 1902 Maodo s’établit enfin à Tivaouane, après un premier séjour en 1900 à l’appel des commerçants traitants de la ville qui sur forte recommandation, l’avaient sollicité pour une explicitation du Coran.

Capitale du Cayor, Tivaouane était à l’époque majoritairement habitée de Ceddos et de griots dont le crédo était la belle vie rythmée par de fortes réjouissances appelées entre autres ’’Gamou’’.A en croire, Mame Ousmane Samb, président des jeunes tidjanes de Yoff, les événements comme les mariages, les baptêmes et les fêtes de récoltes étaient des prétextes à l’organisation de gamous, cérémonies qu’organisait également la collectivité léboue de Tivaouane. Aujourd’hui, souligne-t-il, les lébous usent encore du vocable de gamou pour l’organisation de leurs fêtes cultuelles.

Pour le gamou d’antan, ’’on mettait ses plus beaux habits et on sortait pour festoyer. Hommes et femmes se mélangeaient, buvaient et dansaient aux sons des instruments de musique des griots qui chantaient leurs louanges’’, raconte Mamadou Gaye. Faisant preuve de tact et de diplomatie, El Hadj Malick Sy le nouveau venu à Tivaouane entreprit de changer radicalement le mode de vie des habitants, en les sortant de la nuit de l’ignorance pour les ramener sur le droit chemin tel que le recommande Allah et l’a enseigné son Prophète (PSBL), à travers le Coran et la Sunna.

Pour ce faire et dans le but de ne pas heurter les susceptibilités des autochtones avec pour conséquences de les rendre rétifs à tout changement, il ne rejeta pas le terme de Gamou trouvé sur place, mais se fit le devoir d’en changer le contenu.

Ainsi, pour son premier gamou à Tivaouane, Maodo invita tout le monde et faisant dans l’air du temps, égorge des bêtes pour le festin.
Toutefois, là où les griots s’évertuaient à chanter les louanges des uns et des autres il leur propose par le biais d’une démarche basée sur l’enseignement et la formation les panégyriques du Prophète (PSL).

La première fois, l’opération ne fut pas une grande réussite du fait qu’il n’y avait pas grand monde à son goût et, raconte Mamadou Gaye, le saint homme se serait écrié : ’’Quoi ? Malick qui appelle pour la célébration de la meilleure des nuits où il entend dire la meilleure des vérités et tout le monde ne vient pas. Ce sont les vicissitudes de la vie, mais il arrivera un jour où tout le monde viendra’’.

Persévérant dans sa mission, il agit directement sur les griots, à l’époque détenteurs du savoir traditionnel et chargés de rythmer la vie de la cité par les louanges qu’ils distillaient lors des cérémonies et leurs instruments utilisés pour les faire-part.
L’action de El Hadj Malick fut profonde’’, affirme Souleymane Paye selon qui par l’enseignement du Coran et de la Sunna il parvient à toucher particulièrement les griots dont tirant profit de leurs dons naturels il fit de certains des muezzins et d’autres de grands érudits.

Subtile fut l’opération : les griots étaient toujours les maîtres de la parole, mais celle-ci au lieu de continuer à flatter l’ego surdimensionné des ceddos et autres notables renvoyait désormais aux vertus, aux qualités et aux grandes étapes de la vie du Prophète (PSBL). Profitable fut également l’opération : les griots se faisaient de l’argent dans leur nouvelle orientation.

Commentaire de Souleymane Paye, président de la dahira Moutahabina Filahi de Patte d’Oie : ‘’El Hadj Malick Sy s’est d’abord approprié d’un contenant, puis il a changé le contenu. Si vous voulez, il s’est emparé de l’outil pour en transformer les acteurs’’ censés le manipuler.

CTN
Source APS

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