Ancien ministre de la Justice et ex-Premier ministre sous le régime de Macky Sall, Me Sidiki Kaba a affirmé qu’aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre l’ancien président de la République. Il s’exprimait lors d’une rencontre avec la presse, organisée en prélude à la présentation de son ouvrage « 101 discours d’espoir – plaidoyer pour un monde meilleur », prévue le 30 janvier 2026.
Face aux appels de plus en plus insistants en faveur d’une reddition des comptes visant Macky Sall, Me Sidiki Kaba se veut catégorique : ces revendications ne reposent sur aucune base juridique solide. Selon lui, les hypothèses de poursuites devant la Haute Cour de justice ou la Cour pénale internationale relèvent davantage du débat politique et émotionnel que du droit positif sénégalais et international.
Sur le plan constitutionnel, l’ancien garde des Sceaux rappelle que la seule qualification susceptible de viser un ancien chef de l’État est celle de la haute trahison. Or, souligne-t-il, cette infraction n’a jamais été définie par la loi sénégalaise. En l’absence d’une incrimination claire, aucune poursuite pénale ne peut être engagée, conformément au principe fondamental de légalité des délits et des peines. Il précise par ailleurs qu’une éventuelle définition future de cette infraction ne saurait produire d’effets rétroactifs.
Évoquant la question de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), Me Sidiki Kaba est revenu sur le dossier Karim Wade. Il affirme que ce dernier était déjà sous mandat de dépôt lorsqu’il a pris fonction au ministère de la Justice et soutient que, s’il avait été en poste plus tôt, la CREI n’aurait pas été utilisée. Selon lui, cette juridiction spéciale, créée en 1981 sous le régime d’Abdou Diouf, répondait à un contexte particulier et ne devait pas devenir un instrument politique.
L’ancien ministre affirme également avoir refusé d’étendre les poursuites à d’autres responsables, malgré l’existence de listes évoquées à l’époque. À ses yeux, la justice ne peut être guidée ni par la pression populaire ni par des soupçons non étayés par des faits juridiquement qualifiables.
Concernant la Haute Cour de justice, Me Sidiki Kaba rappelle que seules les infractions pénales résultant de fautes de gestion avérées peuvent être examinées par cette juridiction. Les rapports des corps de contrôle, notamment ceux de l’Inspection générale d’État, établissent des constats techniques, mais ne désignent pas automatiquement des responsabilités pénales individuelles.
Enfin, il balaie toute perspective de saisine de la Cour pénale internationale. Selon lui, les faits reprochés au Sénégal ne relèvent ni des crimes contre l’humanité, ni des crimes de guerre, ni du génocide ou du crime d’agression tels que définis par le Statut de Rome. Il rappelle que seules des autorités habilitées peuvent saisir la CPI, excluant ainsi toute initiative individuelle.
Assumant pleinement sa position, Me Sidiki Kaba conclut que Macky Sall ne sera jamais poursuivi, faute de fondement légal et d’éléments constitutifs d’infractions pénales. Il appelle à une lecture stricte du droit, estimant que la justice ne saurait être rendue sous la pression de l’opinion publique ni en dehors des cadres juridiques établis.
Moussa Noel/senegaldirect






