À Dakar, on appelle ça « Radio Kankan ». C’est ce murmure incessant qui part des grand-places, traverse les marchés Sandaga ou HLM, et finit par atterrir dans les bureaux climatisés du Plateau. Depuis quelque temps, la rumeur enfle, dégonfle, puis revient : y a-t-il de l’eau dans le gaz entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ?
Soyons clairs : pour l’instant, officiellement, c’est « Manko Wutti Ndamli ». Mais en politique, surtout sous nos tropiques, il n’y a jamais de fumée sans feu. Et si l’impensable arrivait ? Si ce tandem fusionnel, qui a défié tous les pronostics en 2024, finissait par se fissurer sous le poids de l’exercice du pouvoir ? Posons la question qui fâche, celle qui fait saliver certains et trembler les autres : qui ramasserait la mise ?
Les « Revenants » et l’ancienne garde
Si une telle fracture devait s’ouvrir, n’allez pas chercher loin les premiers à déboucher le champagne. Ce sont ceux qu’on a « dégagés » hier. L’ancienne majorité, les barons de l’APR et de Benno qui se font discrets depuis la défaite, n’attendent que ça.
Pour eux, une guerre Diomaye-Sonko serait du pain béni. Ce serait la validation de leur théorie favorite : « Ils sont trop inexpérimentés, ils ne peuvent pas gouverner ensemble ». Une division au sommet leur offrirait un boulevard pour se repositionner en « force de stabilité » ou en arbitres. Ils n’auraient même pas besoin de faire campagne ; ils laisseraient juste les deux têtes de l’exécutif s’entretuer pour venir ramasser les morceaux en 2029, ou avant, si le chaos s’installe.
Les « Faucons » du Palais et les courtisans
Le pouvoir a horreur du vide, mais il adore la zizanie. Dans l’entourage immédiat du Président comme dans celui du Premier ministre, il y a toujours ces conseillers de l’ombre, ces « faucons » qui vivent du conflit.
Si Diomaye s’éloigne de Sonko, il aura besoin de nouveaux appuis. C’est là que les opportunistes entrent en scène. Ceux qui murmurent à l’oreille du Président : « Excellence, vous devez tuer le père, vous devez vous affranchir ». Et ceux qui diront à Sonko : « Tu es le vrai leader, il t’a trahi ».
Ceux qui profiteraient le plus d’une rupture, ce sont ces lobbyistes et ces transhumants politiques qui cherchent à se faire une place au soleil en jouant un camp contre l’autre. Le « système », que le duo jurait de combattre, finirait par les avaler tous les deux par le ventre mou de la division.
La Presse et les réseaux sociaux (Le tribunal populaire)
Ne nous cachons pas, nous, les journalistes, et nos cousins turbulents des réseaux sociaux, nous ferions nos choux gras de ce feuilleton. Une guerre fratricide au sommet, c’est de l’audience assurée, des « Unes » incendiaires et des débats télévisés sans fin.
Mais c’est un profit malsain. Car pendant qu’on analyserait chaque petite phrase, chaque geste d’humeur, les vrais problèmes des Sénégalais (la vie chère, l’emploi des jeunes, les inondations) passeraient au second plan. Le bruit médiatique couvrirait l’urgence sociale.
Le grand perdant (et c’est le seul qui compte)
Au final, si cette hypothèse catastrophe devait se réaliser, il n’y aurait qu’un seul grand perdant : le peuple sénégalais. Surtout cette jeunesse qui a tout misé sur le ticket « Diomaye moy Sonko ».
Pour eux, ce ne serait pas juste une déception politique, ce serait un traumatisme. Voir le « Projet » exploser en vol pour des questions d’ego ou de prérogatives rappellerait les heures sombres du duel Senghor-Dia. Ce serait la preuve cynique que le pouvoir change les hommes, même ceux qu’on croyait insubmersibles.
Alors, messieurs, si vous nous lisez : regardez dans le rétroviseur. Regardez d’où vous venez. Vos adversaires prient pour votre divorce. Ne leur faites pas ce plaisir. Le Sénégal n’a pas le temps pour les querelles de ménage. Il faut avancer.
La rédaction de senegaldirect