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Panne temporaire de Facebook, WhatsApp, Instagram et Messenger : la galère de plus de 3 millions d’utilisateurs au Sénégal, la vente en ligne secouée

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Un être vous manque et tout est dépeuplé ! Ce sentiment, plus de 2 milliards de personnes dans le monde l’ont vécu ce lundi 4 octobre. Inconditionnels du réseau social le plus fréquenté de la toile, ils ont dû se passer, pendant au moins 7 heures de temps (de 15 heures GMT à 22 heures), de ces outils qui ont fini de faire partie de leur vie…virtuelle.

Facebook explique ce black-out mondial par un « changement défectueux du transfert de ses serveurs ». Un exercice qui fait galérer les usagers de Facebook, de WhatsApp, d’Instagram et de Messenger. Ils ont désespérément fait le pied de grue devant leurs applications de compagnie. Sur les plateformes de la concurrence, les messages de détresse ont rythmé la journée du lundi.

Pour cette panne qui a duré moins de 24 heures, Mark Zuckerberg a vu sa fortune chuter de 6 milliards de dollars. Le cours de Facebook à Wall Street a chuté de 6% », nous apprend Mouhammad Ciss. « Chaque minute d’interruption du service coûte de l’argent à Facebook. Avec Facebook, WhatsApp, Instagram et Messenger en panne pendant plus d’une heure, l’outil Cost of Shutdown (COST) estime approximativement à 160 millions de dollars les pertes pour l’économie mondiale », évalue le professionnel du Digital.

Des répercussions, il y en aura aussi à d’autres niveaux. Au Sénégal, par exemple, le e-commerce est frappé de plein fouet.
Depuis quelques années, ce secteur a opéré une révolution impressionnante dans notre pays. Un marché à conquérir pour les entreprises et particuliers à travers le e-commerce que Mouhammad Ciss, interviewé par Dakaractu définit comme « une source de valeur sur Internet qui contribue massivement à la réponse aux besoins des populations ».

3,2 millions d’utilisateurs de Facebook au Sénégal

Le professionnel du digital poursuit : « Différents secteurs d’activités ont connu leur envol grâce aux activités commerciales en ligne et les réseaux sociaux occupent une place considérable dans les transactions commerciales effectuées en ligne ».

« Les dernières données publiques que nous avons datent de 2018 et étaient avancées par le Ceo de Jumia Sénégal, leader du e-commerce dans le pays. Selon lui, le commerce en ligne représenterait 6% dans les 16,37 milliards CFA du produit intérieur brut du Sénégal en 2018. Ce qui est excellent d’autant plus que le nombre d’internautes ne cesse de poursuivre sa croissance », renseigne le Digital Strategist, Mamadou Makhtar connu sur Twitter sous le pseudonyme de Makhtarus.

Il faut d’abord noter que le Sénégal compte 7,81 millions d’internautes selon une estimation de We are Digital et Hootsuite. Parmi ces utilisateurs qui représentent 46% de taux de pénétration de l’Internet, 76% passent par le mobile. Une progression vertigineuse qui ne laisse pas en rade les réseaux sociaux dont les utilisateurs au Sénégal ne sont pas moins de 5 millions.

L’application WhatsApp qui est un produit de Facebook serait fréquentée par 5 millions de personnes, en janvier 2020 déjà, alors que Facebook accueillerait 3,2 usagers à partir du Sénégal. Sur Instagram, ils seraient 1,2 million en 2021. LinkedIn et Twitter seraient les réseaux sociaux les moins fréquentés avec respectivement 680 000 et 148 400 utilisateurs en 2021, si l’on s’en tient aux données de We are Digital et Hootsuite.

Le e-commerce sur les réseaux sociaux plus souple en terme d’investissement

À la lecture de ces chiffres, on comprend mieux cette ruée de vendeurs sur les réseaux sociaux qui sont plus souples en terme d’investissement que les sites de e-commerce. « Il faut savoir qu’aujourd’hui dans notre contexte, beaucoup de business en ligne font en fait du social commerce. C’est à dire l’utilisation des réseaux sociaux à des fins de développement de ventes. Ils ne possèdent, pour la plupart, de sites e-commerce.

D’une part le coût de développement du site marchand représente souvent un frein. Et d’autre part les consommateurs (pour beaucoup) changent les habitudes de consommation en voulant acheter sur WhatsApp, Facebook et Instagram plutôt que sur le site. En ce sens, tous les nouveaux business en ligne qui naissent utilisent les espaces marchands sur Facebook (groupes de ventes, Facebook market place, pages de ventes, Facebook store), WhatsApp business (catalogue de produits et outils marchands) et Instagram (compte professionnel, Instagram shopping). Ce qui implique dès lors une réelle dépendance vis à vis de ces outils qui finalement ne nous appartiennent pas mais grâce auxquels des TPE et PME font des millions de chiffre d’affaires par mois.

De plus, ils sont nombreux, ces jeunes, qui aident des commerces physiques du secteur informel à vendre sur WhatsApp, Facebook et Instagram moyennant un pourcentage ou une commission », explique Mamadou Makhtar dans un entretien avec Dakaractu.

Pour tout ce beau monde, l’inaccessibilité de son outil de travail pendant au moins 7 tours d’horloge est synonyme d’une journée chômée et non payée. « C’était la galère », se désole une vendeuse en ligne qui avait du mal à communiquer avec son livreur pour acheminer les commandes des clients. Conséquence, ces derniers ne se sont pas fait prier pour inonder son téléphone de demandes d’explications. Elle a tardivement réalisé que les messages qu’elle avait envoyés à son livreur n’étaient pas arrivés à bon port. Conséquence, des clients se sont désisté et des sous sont partis en fumée.

Nécessité de diversification des stratégies de vente en ligne

« Une panne telle que celle que nous venons de connaître a des conséquences désastreuses sur les activités commerciales en ligne. Le vendeur qui exposait ses produits sur les stories WhatsApp, le catalogue WhatsApp Business ou les stories Instagram a eu des pertes considérables en 7 heures », consent à dire Mouhammad Ciss qui se garde pour le moment de faire des estimations pour ce qui concerne les pertes enregistrées par les vendeurs en ligne au Sénégal.

Pour Makhtarus, c’est un manque à gagner immense pour tous les jeunes qui organisent leurs commandes ou livraisons et même la gestion de leur stock/catalogue sur les espaces marchands de Facebook et WhatsApp ». « Ils se retrouvent dès lors bloqués (…) et perdent le lien avec leurs clients qu’ils recrutaient via de la pub Facebook ou Instagram », constate-t-il.
Devant un tel désastre, il serait temps pour les marchands numériques de diversifier les stratégies de vente.

« Quand on est une entreprise, et qu’on veut se lancer dans le digital il faut diversifier les points de contact entre les clients et vous : Site web bien référencé, page Google my business bien alimenté, e-mailing, boutique dans une place de marché en ligne (Jumia, awale biz, Afrikrea, etc) ou bien dans des sites d’annonce (Expat Dakar, Coin Afrique, etc). Aujourd’hui par exemple, s’il y’avait une panne sur les RS (réseaux sociaux), votre site sera au moins fonctionnel. Les clients pourront faire leurs achats dessus et surtout vous diversifiez les sources de trafic. Vous pourriez par exemple attirer une autre clientèle. La dépendance à une seule source de trafic à savoir le SMO (social média optimisation) est un risque. Il faut avoir une vue 360 degrés et multiplier les points de contact entre votre business et vos clients », suggère le Digital Strategist.

Un conseil à prendre au sérieux d’autant plus que Facebook commence à habituer ses abonnés à des pannes qui peuvent parfois tirer en longueur. C’était déjà le cas en 2019 lorsqu’une erreur technique avait affecté ses sites durant des heures. C’était également le cas en mars dernier.

Les influenceurs dans la sauce

Cette perturbation de plusieurs heures a aussi privé les influenceurs très présents sur Instagram de leur zone…d’influence. Mouhammad Ciss y voit « un gros facteur bloquant » pour ces nouveaux « métiers » du web. Selon le professionnel du digital, « cela leur rappelle la nécessité de diversifier leurs sources de revenus et mieux de développer leurs communautés « diversifier leurs sources de revenus » et à « mieux développer leurs communautés sur des plateformes qui leur sont propres comme un site web ou un blog ».

Au-delà des influenceurs et des fidèles usagers de Facebook et de ses dérivés, ce dysfonctionnement et ses conséquences économiques ne devraient-ils pas faire réfléchir sur la nécessité de disposer d’outils locaux ?

« Pour un continent comme le nôtre, ceci devrait créer le déclic pour un usage massif de nos plateformes locales, leur promotion et surtout leur adaptation aux usages de nos populations », milite Mouhammad Ciss. À méditer jusqu’au prochain bug de Facebook!

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