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Pour aider les SDF, les solutions d’urgence n’ont jamais suffi et ne suffisent toujours pas

Le 28 février, à l’initiative de l’élue d’Étampes (Essonne) Mama Sy, un groupe d’élus a passé la nuit dans la rue pour alerter sur le sort des sans-abri. L’opération médiatique ne saurait masquer l’absence de solutions sur le long terme.

«Mes amis, au secours!» Personne, aucun élu, aucun humanitaire ne se risquerait sans doute à reprendre la terrible formule. Ce serait sacrilège. L’emprunt à une légende trop haut placée dans le ciel glacial de la mémoire nationale, par les nuits d’hiver.

Et puis, cela obligerait l’imitateur à énoncer la suite du texte fameux, et déjà il faudrait en avoir le cran:

«Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant contre elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée».

«Volonté de rendre impossible que cela dure»

L’incroyable appel de l’abbé Pierre, le 1er février 1954, en faveur de tous ceux qu’on avait laissé dormir dans la rue, par une météo devenue sibérienne. Cinq ans plus tôt, l’ancien résistant, l’ex-député de Meurthe-et-Moselle, le fondateur d’Emmaüs avait d’abord obtenu, au chantage, de l’administrateur de la radio nationale que celui-ci lise à l’antenne le texte qu’il venait de lui dicter au téléphone. Puis il avait lui-même filé jusqu’aux studios de Radio Luxembourg, pour persuader la concurrence de lui céder directement le micro.

«La météo annonce un mois de gelées terribles, avait continué l’abbé. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent; devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre les hommes: la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous en prie, aimons-nous assez, tout de suite, pour faire cela.»

Dans les heures qui avaient suivi l’appel, l’hôtel Rochester de la rue de La Boétie (8e arrondissement), que l’abbé avait imprudemment indiqué comme premier lieu de dépôt pour les dons, avait été  submergé par les Parisiens. La première maraude de l’entraide dans la capitale, forte de plus de deux cents voitures, était venue se garer autour du Panthéon, au pied duquel les chiffonniers d’Emmaüs venaient de dresser un camp d’urgence avec des tentes de l’armée américaine.

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