Des mois après les mesures phares du gouvernement pour freiner l’inflation, le Sénégal vit une expérience économique inédite. Entre le riz brisé passé à 300 FCFA, la baisse du carburant et l’ajustement des tarifs de l’électricité, l’État tente de redonner de l’oxygène aux foyers. Mais derrière les chiffres officiels, comment cette baisse est-elle vécue dans les quartiers populaires et quel est son coût réel pour les finances publiques ? Enquête au cœur du panier de la ménagère.
Par Ousmane Diop
Dakar, Janvier 2026. Dans les allées du marché de Castors, l’ambiance a changé. Le « riz de 13 heures », pilier de la gastronomie nationale, ne pèse plus aussi lourd dans les portefeuilles. En faisant passer le prix du kilo de riz brisé non parfumé de 350 à 300 FCFA, les autorités ont frappé un grand coup symbolique et social. Pour une famille consommant un sac de 50 kg par mois, l’économie est de 2 500 FCFA. « C’est le prix de deux kilos de poisson ou d’un litre d’huile supplémentaire », calcule Adjaratou, une habitante de Dieuppeul.
1. Le riz à 300 FCFA : La fin de la dictature des spéculateurs ?
L’application de cette baisse n’a pas été un long fleuve tranquille. Notre enquête révèle que si les grossistes ont rapidement aligné leurs tarifs, les « boutiquiers du coin » ont d’abord montré une résistance farouche.
Pour gagner cette bataille, le ministère du Commerce a dû déployer une artillerie lourde : plus de 1 500 contrôleurs et volontaires ont sillonné le pays. Les amendes sont tombées, et aujourd’hui, le prix de 300 FCFA est devenu la norme dans 85 % des points de vente recensés. Cependant, la qualité reste un point de vigilance : certains consommateurs signalent l’apparition de brisures de moindre qualité pour compenser la baisse des marges.
2. Électricité : Le soulagement du « Woyofal »
C’était l’un des dossiers les plus brûlants. La cherté de l’électricité était devenue un frein majeur à la consommation des ménages. Grâce à une renégociation des contrats d’achat d’énergie et à la baisse des cours mondiaux du fuel lourd, la SENELEC a procédé à un réajustement tarifaire.
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L’impact concret : Pour les petits consommateurs (tranche sociale), la baisse se fait sentir via le système de prépaiement Woyofal. Pour 5 000 FCFA rechargés, l’abonné obtient désormais environ 10 % de kilowattheures supplémentaires par rapport à l’année dernière.
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Le levier : Cette baisse a été rendue possible par l’injection des premières recettes issues de la production de gaz domestique, permettant de réduire la dépendance au pétrole importé pour faire tourner les centrales thermiques.
3. Carburant : Un effet domino sur le transport
À la pompe, la baisse du prix de l’essence et du gasoil (environ 70 et 75 FCFA par litre) a été accueillie avec soulagement par les transporteurs. Pourtant, l’effet domino sur les tarifs de transport reste timide.
Si les tarifs des gros-porteurs transportant les denrées de l’intérieur du pays ont baissé de 5 à 7 %, les prix des trajets en « Car Rapide » ou « Ndiaga Ndiaye » en zone urbaine n’ont pas bougé. « L’entretien des véhicules coûte cher, la baisse du gasoil aide à respirer mais ne permet pas encore de réduire le prix du ticket », explique un syndicaliste de la gare routière de Beaux-Maraîchers. L’impact est donc plus visible sur le coût d’acheminement des produits agricoles (oignons, pommes de terre), contribuant indirectement à stabiliser leur prix sur les étals.
4. La face cachée : Le financement de la baisse
Comment l’État finance-t-il ce bouclier social ? C’est le point névralgique de notre enquête. Pour compenser ces baisses sans aggraver la dette, le gouvernement a dû opérer une chirurgie budgétaire drastique :
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Réduction du train de vie de l’État
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Rationalisation des subventions
5. Vers la pérennité : Le défi de la production locale
L’enquête conclut que la baisse par décret a ses limites. Le véritable enjeu du gouvernement Diomaye-Sonko reste la souveraineté alimentaire. Le riz à 300 FCFA ne pourra rester à ce prix de façon durable que si le riz de la Vallée (Saint-Louis) inonde le marché et remplace le riz importé.
ENQUÊTE EXCLUSIVE : Ousmane Diop journaliste Senegalgaldirect.com






