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Présidentielle américaine : « Le camp démocrate a réussi à afficher une image de cohésion »

Alors que la convention démocrate a pris fin jeudi 20 août, le correspondant du Monde à Washington, Gilles Paris, est revenu sur la campagne du candidat à la présidentielle Joe Biden.

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Max Sail : La convention démocrate n’a-t-elle pas trop centré les propos sur la présidence de Trump et bien trop peu sur le projet Biden ?

Gilles Paris : C’est effectivement la principale critique que l’on peut émettre au terme de cette convention. Mais il faut se souvenir que le principal moteur du vote démocrate, en 2020, est le président sortant lui-même, pas le programme. Les électeurs de ce parti, à une écrasante majorité votent contre Donald Trump et non pour Joe Biden et ses idées, pourtant novatrices, notamment pour lui.

On peut émettre l’hypothèse que les démocrates n’ont pas voulu mettre en scène de manière trop appuyée ce programme qui est le plus à gauche jamais défendu par un candidat à la présidentielle au cours des dernières décennies pour ne pas alimenter les accusations de dérive radicale qui constituent, avec la mise en cause des capacités mentales de Joe Biden, l’un des principaux angles d’attaque républicains.

Le calcul de Joe Biden est manifestement que l’élection se jouera comme souvent au centre, ce qui l’oblige à ce funambulisme illustré par l’apparition au cours de la convention de figures aussi différentes que l’étoile montante de la gauche, Alexandria Ocasio-Cortez, et l’ancien gouverneur républicain de l’Ohio John Kasich.

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Maé : Comment le camp démocrate, pourtant très désuni il y a moins de six mois, a pu se ranger derrière la candidature de Joe Biden, sans voix discordante ?

En fait, le rassemblement autour de la candidature de Joe Biden est intervenu assez vite au cours des primaires, au début du mois de mars. L’ancien vice-président a été porté par un réflexe de vote utile. A tort ou à raison (on ne le saura pas avant le 3 novembre), il a été considéré comme le mieux placé pour défier Donald Trump.

Contrairement à ce qui s’était passé en 2016, ce réflexe lui a épargné une longue course à l’investiture, puis son talent politique lui a permis de trouver un terrain d’entente avec le porte-parole de l’aile gauche, le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders, qui le soutient avec énergie.

Quelques voix discordantes se sont fait entendre, notamment pour déplorer la place jugée excessive accordée à d’anciens républicains au cours de la convention qui vient de s’achever, mais le camp démocrate a réussi à afficher une image de cohésion qui devrait tenir au moins jusqu’à l’élection. Il est très probable cependant que les différences et les clivages réapparaîtront avec force une fois l’échéance passée, quel que soit d’ailleurs le résultat.

Steve : Qui sont les républicains qui se rangent derrière la candidature de JoeBiden ? Ont-ils un poids important sur les électeurs ?

On peut en douter tant Donald Trump a été capable de façonner le Grand Old Party autour de sa personne et d’imposer une loyauté qui ne souffre aucune contestation. Les personnalités qui ont pris la parole au cours de la convention ne sont plus considérées comme de véritables républicains par les électeurs trumpistes et Trump dénonce avec virulence des RINO (Republicans In Name Only) chaque fois qu’un élu émet des critiques sur son action.

L’enjeu réside principalement pour les démocrates dans le vote des électeurs des zones périurbaines. En 2018, par opposition à Donald Trump, ces électeurs plutôt centristes, notamment les femmes, ont fait basculer de nombreuses circonscriptions républicaines.

Pour autant, ces électeurs et ces électrices ne se reconnaissent pas non plus dans les mots d’ordre de la gauche démocrate. La présence lors de la convention d’anciens républicains a visé à les rassurer en montrant que le Parti démocrate était avant tout une « grande tente », ouvert à toutes les sensibilités, et non un parti caporalisé.

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une observatrice inquiète : Comment Joe Biden est-il perçu par les personnes qui avaient voté Trump ? Est-ce qu’un scénario similaire à 2016 est envisageable, à savoir une victoire du nombre d’électeurs par Hillary Clinton, mais une victoire du nombre de grands électeurs par Trump ?

On peut d’ores et déjà faire le pronostic que Joe Biden obtiendra plus de voix au niveau national que Donald Trump. L’écart pourrait même être supérieur à celui de 2016 (un peu moins de 3 millions de bulletins) sans que cela règle son problème dans le collège électoral qui est le véritable arbitre de la présidentielle. Cette élection se jouera, comme souvent, dans une poignée d’Etats : Michigan, Pennsylvanie, Wisconsin, mais également en Arizona, en Caroline du Nord et dans le Minnesota, avec toujours la Floride en éternelle inconnue.

Pour ce qui concerne les électeurs de Donald Trump en 2016, il dispose d’un taux d’adhésion supérieur à celui d’il y a quatre ans auprès des républicains. En revanche, il est distancé par Joe Biden dans deux sous-électorats qui pourraient se révéler décisifs. Tout d’abord parmi ceux qui ne se reconnaissent dans aucun des deux candidats. En 2016, ces derniers lui avaient accordé le bénéfice du doute et ils l’avaient très largement soutenu, ce n’est pas le cas pour l’instant.

De même, Joe Biden le distance auprès des électeurs qui avaient choisi il y a quatre ans un autre candidat que ceux des deux grands partis (libertarien ou écologiste). Il ne s’agit que de quelques milliers de voix mais si on met de côté la question de la mobilisation démocrate, il faut se souvenir que Donald Trump n’a dû son élection qu’à un peu moins de 80 000 voix dans le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

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plm0960 : L’âge de Joe Biden n’est-il pas un problème pour son élection ? Les jeunes peuvent-ils se reconnaître dans un candidat aussi âgé ?

Il s’agit du principal handicap que lui reconnaissent les électeurs selon des sondages convergents. Donald Trump n’est pas beaucoup plus jeune (74 ans) mais il diffuse une image beaucoup plus énergique, même ses interventions mettent également en évidence une méconnaissance des dossiers et une expression verbale brouillonne et souvent confuse.

Les idées de Donald Trump sont très majoritairement rejetées par les électeurs les plus jeunes qui demandent plus de justice sociale, une politique migratoire plus humaniste, un plus grand contrôle du marché des armes et un rôle plus grand de l’Etat fédéral pour réduire les inégalités.

En l’occurrence, c’est plus le positionnement centriste de Joe Biden qui les a détournés jusqu’à présent de lui que son âge puisqu’ils ont soutenu (lorsqu’ils ont voté, ce qui reste comparativement rare), un candidat encore plus vieux, Bernie Sanders. Le virage à gauche vise à dépasser cette barrière de l’âge, sans que l’on sache encore si cette stratégie sera efficace.

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