Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, les journalistes sont devenus l’une des principales cibles des Forces de Soutien Rapide (FSR). Ces milices paramilitaires, qui contrôlaient de vastes zones de la capitale Khartoum, ont systématiquement attaqué les médias : occupation du siège de la Radio-Télévision nationale, destruction des locaux de journaux, persécution et arrestation de reporters. La majorité des professionnels de la presse ont été contraints à l’exil, tandis que ceux restés sur place vivent dans la peur.
La situation s’est encore aggravée avec la prise d’El-Fasher le 26 octobre par les FSR. Selon plusieurs sources locales, de nombreux journalistes ont disparu après des massacres perpétrés dans cette ville déjà assiégée et affamée. Parmi eux, Mouamar Ibrahim, correspondant d’Al Jazeera, a été vu dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, aux mains des miliciens alors qu’il tentait de fuir. Un autre journaliste, Mohamad Suleiman Chuaib, a été retrouvé grièvement blessé dans un camp de réfugiés à Tawila. Le sort de trois autres reporters demeure inconnu.
Face à cette tragédie, les confrères tentent désespérément de retrouver leurs collègues. « Nous avons lancé un hashtag pour localiser les journalistes disparus, mais nos recherches restent sans résultat », déplore Naji al-Karachabi. Certains, comme le journaliste Abou Bakr Mukhtar, originaires du Darfour, passent en revue les vidéos d’atrocités diffusées par les FSR, espérant identifier les disparus parmi les morts.
Le Syndicat national des journalistes soudanais a mis en place une cellule d’urgence pour suivre la situation. Son membre, Taher el-Moatassem, a annoncé avoir saisi plusieurs organisations internationales de défense de la presse afin d’interpeller les FSR et exiger la libération des journalistes enlevés.
Les violences touchent également les familles des journalistes. Les proches de Naji al-Karachabi, basé à l’étranger, ont vu leurs maisons incendiées par les milices. Ce ciblage systématique interroge : pourquoi s’en prendre aux journalistes alors même que les FSR diffusent elles-mêmes les vidéos de leurs exactions ?
Pour Taher el-Moatassem, la réponse est claire :
« La première victime de la guerre, c’est la vérité. Les journalistes cherchent à montrer la réalité des faits. C’est pourquoi ils sont visés : ils dérangent. Chaque camp tente d’imposer son récit, tandis que le journaliste, lui, révèle ce qui dérange. »
Depuis le début du conflit, 32 journalistes ont été tués au Soudan et des dizaines d’autres portés disparus ou torturés. Dans ce pays où la liberté de la presse est chaque jour davantage menacée, la lutte pour la vérité se paie au prix du sang.






