C’est un bal masqué qui ne dit pas son nom, mais dont la musique résonne de plus en plus fort dans les couloirs du palais présidentiel. Plus d’un an et demi après l’alternance historique qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, la coalition « Diomaye Président » est en pleine mue. Sous la houlette d’Aminata « Mimi » Touré, chargée de structurer et d’élargir la base présidentielle, on assiste à une ruée spectaculaire. Une myriade de micro-partis et de mouvements « cabines téléphoniques », jadis muets ou hostiles, se bousculent désormais au portillon pour prêter allégeance. Entre realpolitik et reniement de la doctrine de la « Rupture », cette stratégie d’ouverture risque de brouiller le signal du « Projet ».
Le choix d’Aminata Touré pour piloter cette restructuration n’est pas anodin. L’ancienne Première ministre connaît la carte politique du Sénégal sur le bout des doigts. Sa mission est claire : construire un appareil politique propre au Président Faye, capable de peser face à l’hégémonie naturelle de Pastef et d’Ousmane Sonko.
Pour ce faire, Mimi Touré a ouvert les vannes. La stratégie consiste à agréger toutes les forces disponibles pour créer une « majorité présidentielle » élargie. Si la manœuvre est politiquement classique (Macky Sall l’avait fait avec Benno Bokk Yakaar), elle pose un problème de cohérence. Mimi Touré, figure de proue de la lutte contre le troisième mandat, se retrouve aujourd’hui à valider l’adhésion de structures dont la seule boussole semble être le sens du vent.
Ce qui frappe, c’est le profil de ces nouveaux adhérents. Il ne s’agit pas, pour la plupart, de formations ayant une base électorale solide ou une idéologie compatible avec le souverainisme de gauche prôné par le Pastef. Il s’agit de ces petits partis opportunistes, souvent dirigés par des notables locaux en quête de « recasement » ou de protection.
Ces acteurs, qui ont brillé par leur absence lors des luttes de 2021 à 2024, voient en la coalition dirigée par Mimi Touré une aubaine. C’est la porte d’entrée idéale pour accéder aux « prairies vertes » du pouvoir sans passer par le filtre exigeant des puristes de Pastef. Ils apportent avec eux les vieilles pratiques du clientélisme : mobilisation tarifée, folklore politique et soutien aveugle, loin de l’exigence citoyenne du « Jub, Jubal, Jubanti ».
Pour le Président Diomaye Faye, cette dynamique est à double tranchant. D’un côté, elle lui offre une épaisseur politique personnelle et un réseau d’élus locaux potentiels pour les prochaines échéances. De l’autre, elle fragilise le narratif de la rupture systémique.
Comment expliquer à la jeunesse patriote, qui a consenti tant de sacrifices pour le changement, que la coalition présidentielle recycle désormais les « seconds couteaux » de l’ancien régime ? Cette alliance hétéroclite risque de créer des frictions majeures avec l’aile radicale de la majorité, qui voit d’un très mauvais œil ces passagers clandestins s’installer confortablement dans le train de la victoire.
En voulant trop élargir la coalition pour sécuriser son pouvoir, la direction menée par Mimi Touré pourrait finir par isoler le Président de sa base populaire originelle. La coalition « Diomaye Président » doit choisir : rester le fer de lance de la transformation systémique ou devenir une simple machine électorale, une « Benno » bis, où l’opportunisme tient lieu de programme.
La rédaction de senegaldirect