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Transports publics : pari tenu pour le BRT, Dakar respire bien mieux 

Le BRT (Bus Rapid Transit) a célébré il y a quelques semaines le premier anniversaire de sa mise en service. À Dakar, les bus verts, rouges et jaunes sillonnent les avenues entre la préfecture de Guédiawaye au nord et Petersen au sud. Un projet bien né, malgré quelques imperfections, et qui pourrait bien inspirer d’autres capitales africaines.

À Dakar, il y a un avant et un après-BRT. Un an après sa mise en service, le pari principal est réussi : les bus rapides ont désengorgé la métropole sénégalaise, comptabilisant plus de 18 millions de passagers en 12 mois. Avec ses 23 stations, ses 121 bus à soufflet – climatisés et disposant du wi-fi – qui circulent de 6h du matin à 9h du soir et sept jours sur sept, le BRT transporte chaque jour 60000 usagers – il a même une capacité totale de 300000 usagers quotidiens. Pari tenu donc. « Dakar est une presqu’île avec peu d’espace, donc pour résoudre les problèmes de congestion, il faut privilégier des systèmes capacitaires comme le BRT », explique Cheikh Yatt Diouf, directeur général de Dakar Mobilité. Même s’il y a quelques lenteurs aux heures de pointes et quelques doléances des Dakarois concernant le tarif, surtout pour les petits trajets.

Une nécessité vitale pour une capitale comme Dakar
Lancé en 2017 pour une inauguration en 2024, ce projet bénéficie à tous les habitants de la capitale, du centre-ville et de sa périphérie si densément peuplée. L’État sénégalais a vu juste avec cette première ligne du projet, tant la population de la capitale a besoin de transports publics fiables et de qualité. Aujourd’hui et demain d’ailleurs, comme le souligne l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) qui estime que la population du pays doublera d’ici 2050, passant de 17 à 35 millions d’habitants. Le BRT se projette donc dans l’avenir.

Dans ce projet, l’accent a été mis sur la mobilité verte, faiblement émettrice de gaz à effet de serre. Selon le Dr. Thierno Birahim Aw, directeur général du CETUD (Conseil exécutif des transports urbains durables), « la transition énergétique dans le secteur des transports se concrétise à travers la promotion de solutions de mobilité durable, telles que le Bus Rapid Transit et la restructuration du réseau de transport en commun à Dakar en cours, intégrant des options au GNV (norme Euro VI) et à l’électrique. Ces alternatives permettent une réduction significative des émissions de CO₂, estimée à 59000 tonnes par an pour le BRT ». Un réseau de grande ampleur, 100% électrique, est plus que dans l’air du temps. C’est désormais une nécessité pour les grandes villes africaines.

L’État sénégalais peut être fier de cette réussite opérationnelle. Financé par le Sénégal, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement (BEI) et par des acteurs du secteur privé, le BRT répond aux normes les plus strictes, et a mis en place des systèmes digitalisés, que ce soit pour le paiement des trajets ou pour la prévision du passage des bus. « Le projet a été divisé en deux : la construction de l’infrastructure a été faite par l’État, mais tout ce qui est acquisition du matériel roulant et opérations en concession a été attribué sur appel d’offres, que nous avons remporté, se félicite Mete Saraçoğlu, directeur Afrique chez Meridiam, le fonds d’investissement français qui a assuré le pilotage financier du projet. Le modèle de concession retenu par l’État sénégalais lui apporte beaucoup de flexibilité sur la gestion du projet. Mais il reste des pistes d’amélioration possibles, notamment en amont sur la conception et sur la mise en œuvre du projet. » Dans les rues de Dakar, cette première ligne B1 du BRT donne surtout envie d’en voir fleurir d’autres. Au total, quatre lignes sont prévues.

Usagers et salariés globalement satisfaits
Car les besoins des usagers sont énormes. « Ce projet répond à un besoin fondamental de mobilité durable, efficace et de haute qualité à Dakar, poursuit Mete Saraçoğlu. Nous avons introduit dans le pays un réseau de bus électriques, une technologie nouvelle reposant sur des ressources humaines locales pour la gestion, et permettant de développer savoir-faire, transfert de compétences et création d’emplois. Après une première année d’opération, nous constatons d’ailleurs que la satisfaction de la population est à un très haut niveau. » Et c’est vrai, les usagers sont globalement satisfaits. Selon des enquêtes d’opinion, le BRT affiche un taux de satisfaction de 89% auprès des Dakarois. Un reportage de la RTS (Radio Télévision Sénégalaise) leur donne ainsi la parole : « Je viens de Liberté 5 pour arriver à la préfecture de Guédiawaye, et cela m’a pris moins de 30 minutes. Ça change totalement le cadre de vie », se réjouit Hamidou Mbaye, tandis qu’une étudiante pense que le BRT est une excellente idée : « Le BRT nous facilite notre vie scolaire, et à cause des accidents de la route, il nous apporte la sécurité ».

Mais tout n’est pas encore au point : avec sa capacité de 300000 usagers quotidiens, le BRT n’a atteint que 20% de la fréquentation attendue. Et aux heures de pointe, les usagers font parfois la grimace car les bus ne vont pas assez vite. Entre les piétons qui traversent n’importe où, les automobilistes indisciplinés qui empruntent les voies centrales dédiées aux bus et les infrastructures routières qui ne sont pas encore toutes opérationnelles, le BRT a encore quelques progrès à faire pour atteindre tous ses objectifs.

Au-delà du service de transport, le BRT a aussi eu un impact sur le marché du travail à Dakar. Selon Cheikh Yatt Diouf, 45% des salariés de l’entreprise publique habitent eux-mêmes dans les 14 communes que traverse la ligne de bus rapides. Un recrutement inclusif s’est fait en ce sens, pour privilégier l’emploi local. En particulier celui des jeunes et des femmes. Près de 800 Dakarois ont ainsi été embauchés pour la gestion quotidienne du réseau, dont 41% de femmes. Pour le directeur général de Dakar Mobilité, le BRT est donc un succès opérationnel, et pourrait servir de « modèle de transport de masse pour l’Afrique ».

Un modèle qui pourrait s’exporter ailleurs en Afrique
Sur ce point, tout le monde semble d’accord, tant les besoins d’infrastructures de transport public sont partagés par de nombreuses grandes villes du continent. L’expérience dakaroise pourrait donc servir de modèle. « Le BRT offre à Dakar un service de transport apprécié par les populations en divisant par deux les temps de parcours sur un corridor multimodal de 18km. Le BRT est un véritable « game changer », réplicable et adapté aux défis de la croissance des villes africaines », conclut Dr. Thierno Birahim Aw du CETUD. De grandes villes comme Lagos (Nigeria), Kinshasa (République Démocratique du Congo), Le Caire (Égypte), Nairobi (Kenya) en encore Abidjan (Côte d’Ivoire), célèbres pour la congestion de leur trafic urbain, pourraient bien s’inspirer de notre modèle…

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