L’ombre de Jeffrey Epstein continue de planer sur la politique américaine, révélant des mécanismes d’influence qui dépassent largement le cadre de ses crimes. De nouveaux documents judiciaires, consultés par Al Jazeera, exposent comment le réseau relationnel du financier a été sollicité dans un contexte de crise humanitaire, mettant en lumière les zones grises entre urgence politique, lobbying informel et compromissions éthiques.
Au cœur de ces échanges figure Stacey Plaskett, déléguée des Îles Vierges américaines à la Chambre des représentants. En public, l’élue n’a jamais caché son aversion pour Epstein, qu’elle a qualifié de personnage « répugnant ». Mais en coulisses, des courriels dévoilés par le département de la Justice américain montrent qu’en janvier 2018, son entourage a envisagé de recourir à l’influence du financier pour débloquer une situation politique critique.
À cette période, les Îles Vierges, comme Porto Rico, peinent à se relever après les ouragans dévastateurs de 2017. L’administration locale cherche à obtenir des fonds d’aide d’urgence, mais se heurte à un mur à Washington. Stacey Plaskett n’arrive pas à décrocher un rendez-vous avec Chuck Schumer, alors chef de la minorité démocrate au Sénat et principal artisan du projet de loi de secours. La crainte est grande de voir son territoire relégué au second plan.
C’est dans ce contexte que l’avocate fiscaliste Erika Kellerhals, proche de Plaskett, contacte Jeffrey Epstein par courriel. Elle lui demande explicitement s’il peut aider à organiser une rencontre avec le sénateur new-yorkais. Epstein répond favorablement et sollicite à son tour Kathy Ruemmler, ancienne conseillère juridique de Barack Obama devenue avocate chez Goldman Sachs, espérant qu’elle puisse activer ses propres relais.
Si rien ne prouve formellement que cette intervention a permis l’organisation d’une réunion directe, le Congrès adoptera néanmoins, en février 2018, une enveloppe d’aide d’urgence incluant les Îles Vierges. Aucune preuve publique n’établit par ailleurs un contact direct entre Epstein et Chuck Schumer.
Ces révélations s’inscrivent dans une série plus large de controverses autour de Stacey Plaskett. L’an dernier, elle avait évité de justesse une sanction disciplinaire après la divulgation de messages montrant qu’Epstein lui avait envoyé des conseils par SMS lors d’une audition parlementaire. En réaction, l’élue avait annoncé reverser à des associations caritatives l’équivalent des dons de campagne reçus du financier.
OUSMANE DIOP/SENEGALDIRECT






