Le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, Seydi Gassama, alerte une nouvelle fois sur l’urgence de rendre justice aux victimes des violences ayant secoué le Sénégal entre février 2021 et février 2024. Dans une déclaration récente, il souligne la légitimité et la force de la demande de justice exprimée par les familles des victimes, tout en rappelant les obstacles législatifs qui ont tenté de freiner ce processus.
Au cœur de ces entraves, figure la loi d’amnistie votée le 6 mars 2024, qui visait à effacer les poursuites contre les auteurs et commanditaires présumés des violations graves des droits humains survenues lors des manifestations politiques. Pour Seydi Gassama, cette loi a constitué une tentative d’institutionnaliser l’impunité, malgré l’ampleur des drames qui ont endeuillé le pays.
Il se réjouit néanmoins de l’intervention du Conseil constitutionnel, saisie à la suite d’un recours contre la loi interprétative adoptée le 2 avril 2025 par la nouvelle législature. Par sa décision rendue le 23 avril 2025, le Conseil a exclu du champ d’application de l’amnistie les crimes relevant du droit international, tels que les exécutions extrajudiciaires, les tortures ou les disparitions forcées. Une avancée capitale selon Gassama, qui ouvre à nouveau la voie aux recours judiciaires.
Dans la foulée de cette décision, de nouvelles plaintes ont été déposées, notamment à Dakar et à Saint-Louis, par des familles en quête de vérité et de réparation. Seydi Gassama insiste : « Les juridictions saisies sont tenues de rendre justice dans des délais raisonnables. » Mais pour que ces procédures aboutissent, il appelle l’État à renforcer significativement les moyens de la justice, un secteur qu’il considère comme sous-doté en ressources budgétaires.