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Voilà Comment Le Maroc Va Légaliser Le Cannabis

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Dans un marché de cannabis légal actuellement en pleine expansion au niveau mondial, le Maroc est bien décidé à prendre sa part. Actuellement premier producteur mondial de Haschisch, le gouvernement marocain souhaite procéder à la légalisation de l’usage thérapeutique et industriel du cannabis dans le pays.

Lutter contre l’influence des narcotrafiquants mais pas que…
C’est le 11 mars dernier que la nouvelle est tombée. Le Conseil de gouvernement a validé le projet de loi autorisant l’utilisation du cannabis à titre médical, industriel et cosmétique, sur toute l’étendue du territoire marocain. Le feu vert donné par le royaume du Maroc à ce projet préparé par le ministère de l’intérieur traduit en effet une volonté de profiter de retombées économiques offertes par le marché légal mondial du cannabis mais aussi d’améliorer la situation financière des agriculteurs marocains situés dans le nord du royaume. Entre autres raisons ayant motivé l’adoption de ce projet de loi au Maroc, il y aussi la nécessité de lutter contre l’influence des narcotrafiquants.

Cette loi en cours de validation par les parlementaires ne concerne pas le cannabis récréatif. Autrement dit, consommer du cannabis par simple plaisir de le faire est toujours prohibé au royaume du Maroc. Les seuls usages autorisés sont ceux qui ont été prévus par ledit projet de loi. C’est-à-dire l’emploi à des fins thérapeutiques, pour des soins dermo-cosmétiques ou pour une exploitation dans les industries. Hors de ce cadre, la consommation du cannabis au Maroc demeure punie par la loi.

Un « Oui » tant attendu à l’usage du cannabis
Le texte en attente d’entérinement par le Parlement marocain inclut la mise en place d’une « agence de régulation » qui aura pour mission de « développer un circuit agricole et industriel », avec « périmètres réglementaires », « coopératives d’agriculteurs autorisés » et « plants certifiés ».

Ce projet de loi prévoit donc un business du cannabis parfaitement bien encadré et tout à fait transparent. Le rapport annuel 2020 de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC), le Maroc occupe le premier rang à l’échelle mondiale dans le classement des pays producteurs de résine de Cannabis.

En effet, même si la procédure de légalisation officielle du cannabis au Maroc vient seulement d’être lancée, le business du Haschisch existe depuis bien longtemps dans le Rif, une région montagneuse qui se situe au nord du Maroc. La situation géographique de cette région marocaine, en face des côtes européennes, constitue un facteur qui y favorise la culture du cannabis.

Le cannabis au Maroc : rien de nouveau
Pour un pays reconnu à l’échelle mondiale comme étant un des principaux producteurs de cannabis, la légalisation de cette substance ne fait pas tant l’effet d’une surprise. Le fait que le Maroc ait toujours interdit la culture, la vente et la commercialisation du cannabis sur son territoire alors qu’au nord du pays, la culture et la consommation de cette substance sont tolérées a toujours été paradoxal. Dans les faits, plus de 140 000 personnes vivent grâce à la culture du cannabis dans la région de Rif, au nord du Maroc.

Concernant sa production, « ce n’est pas très compliqué », rapporte le botaniste Ismael Azza. « Il suffit d’utiliser des semences adaptées et les planter à la prochaine saison », ajoute celui-ci. Pour développer un business légal de cannabis florissant au Maroc, le pays, selon des experts, peut compter sur son « écosystème propice, la proximité du marché européen en plein essor et un savoir-faire ancestral des agriculteurs ».

L’enjeu est de taille
Dans le cadre de la légalisation du cannabis au Maroc, l’agence de régulation prévue dans le projet de loi sera aussi en charge du « contrôle de toutes les étapes de la chaîne de production ». Tout sera donc sous surveillance de l’achat des semences jusqu’à la phase de distribution.

En outre, deux types de cultures sont envisagés. Le premier sera utilisé dans le domaine médical et en cosmétique. Le second aura un usage essentiellement industriel. Il servira donc dans la construction ou encore de matières premières au secteur du textile, etc. Selon le même projet de loi, un cadre juridique sera mis en place de façon à permettre au royaume du Maroc de valoriser la culture du cannabis, d’y tirer des revenus et de se libérer de l’influence des trafiquants de drogue. « Reconvertir les cultures illicites destructrices de l’environnement en activités légales durables et génératrices de valeur et d’emploi », peut-on lire dans ce projet de loi.

Il faudrait reconnaître que le marché du cannabis légal fait partie des plus développés à l’heure actuelle. En 2017, une étude du cabinet Grand View Research a permis de constater que le marché mondial du cannabis à usage médical pourrait passer à 55,8 milliards de dollars en 2025, soit cinq fois le chiffre d’affaires généré en 2015. Le même marché est doté d’une croissance annuelle de 30 % au niveau mondial. C’est donc une vraie opportunité que s’offre le Maroc en se positionnant sur le business du cannabis légal.

Une décision qui ne fait pas l’unanimité dans le royaume
Le ministère de l’intérieur marocain soutient que ce projet de loi est le bienvenu parce qu’il pourrait permettre d’« améliorer les conditions de vie des cultivateurs et de les protéger des réseaux de trafics de drogue ». Mais au royaume du Maroc, son argument n’aura pas convaincu tout le monde.

Abdelilah Benkirane, l’ancien chef du parti Justice et Développement (PJD, islamiste), avait annoncé sur sa page Facebook le « gel de son adhésion » au parti sur sa page Facebook suite à la validation de ce projet de loi par le conseil gouvernemental. Une semaine après, il a renoué avec le parti à la tête de la coalition gouvernementale sans pour autant changer de position sur cette décision étatique de légaliser le cannabis.

Le Maroc, bien familier aux polémiques sur la légalisation du cannabis, finira par trouver un terrain d’entente pour toutes les parties. Le média rappelle aussi que la légalisation du chanvre a toujours été soutenue par le Parti authenticité et modernité (PAM) , dans la région septentrionale du Maroc (Le Rif notamment) où les agriculteurs locaux vivent de la culture du cannabis.

Pour le sociologue Khaled Mouna, ce nouveau cap que franchit le royaume du Maroc marque « la fin d’un tabou politique, l’aboutissement d’une dynamique lancée il y a une dizaine d’années au plus haut niveau de l’État ».

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