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Coronavirus en Afrique: 1 africain sur 5 déjà exposé au Covid 19

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Nouvelles variantes, vaccination, efforts de recherche, voici cinq choses à savoir sur le coronavirus en Afrique.

Quels sont les variantes qui circulent sur le continent, quelle sera leur influence sur l’efficacité des vaccins, quels sont les vaccins développés sur le continent, nous avons posé la question à des chercheurs africains.

De nombreux experts estiment que le nombre de tests effectués est insuffisant et que le nombre réel de cas est plus élevé
 

1. Quel pourcentage de la population africaine a déjà été exposée au virus ?

Les scientifiques se posent la question de savoir quelle est l’immunité collective qui existe. Des études sont en cours dans différents pays et d’après les résultats publiés après la première vague une part non négligeable de la population du continent aurait déjà été exposée au nouveau coronavirus.

« On a conduit une étude au Congo entre mars et août. En août au Congo, 26% de la population avait déjà rencontré le covid SARS-Cov2 et qui présentaient des anti-corps contre le virus, au Kenya c’était 7 ou 8% », déclare le Prof. Francine Ntoumi, maître de conférences en immunologie à l’Université Marien Ngouabi au Congo.

« Une étude qui a été menée récemment au Sénégal et qui va être publiée prochainement montre qu’environ 20% de la population sénégalaise qui a été contaminée ou en tout cas a une sérologie qui est positive. Au sud du Sénégal c’est presque 50% », signale le Prof. Tandankha Ndieye.

Cependant la vaccination de masse reste nécessaire.

« Le vaccin va ramener la normalité. Sans vaccination, le virus ne va jamais disparaitre parce qu’il ne respecte pas les frontières », affirme le Dr. Ahmed Ogwell Ouma, Directeur adjoint du CDC Afrique.

« Le fait d’avoir une sérologie positive et d’avoir été contaminé avant ne signifie pas que vous avez une protection à vie. Si on prend du recul, la protection est de 5 ou 6 mois », rappelle le Prof. Tandankha Ndieye.

De plus, toutes les personnes qui a rencontré le virus n’a pas forcément développé les bons anti-corps signale le Professeur.

« 40% des personnes n’ont pas d’anticorps neutralisants donc la vaccination reste nécessaire pour booster la réponse immunitaire et réduire le nombre de cas graves », soutient-il.

Le nouveau variant du coronavirus découvert en Afrique du Sud entraîne une augmentation du nombre de cas dans le pays
 

2. Quels sont les variantes qui circulent en Afrique ?

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi dernier, le Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale pour l’Afrique de l’OMS indique que le séquençage génétique montre que le nouveau variant 501Y.V2 qui circule en Afrique du Sud est aussi présent dans quatre autres pays le Botswana, la Gambie, le Kenya et la Zambie et pourrait être présent dans d’autres pays.

Le Professeur Francisca Mutapi, professeure en santé mondiale, infection et immunité à l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni, précise que le variant Sud-africain est aussi présent dans 20 pays dans le monde en Asie, Europe, Amérique du Nord et Australie.

Fin décembre, un autre variant a été détecté au Nigeria. En août et en octobre, le variant P681 a été détecté au Nigéria. Selon Chikwe Ihekweazu, Director General du Nigeria Centre for Disease Control, il y a 18 souches différentes de virus détectés au Nigéria depuis le début de la pandémie mais ils ne sont pas liés à une hausse de la transmission.

« La semaine passée, au Sénégal nous avons séquencé une centaine de personnes et les séquences que nous avons vues, ce sont les séquences habituelles », affirme le Professeur Tandankha Ndieye, un immunologue basé à Dakar.

Cependant, l’Afrique ne représente que 1 % des virus séquencés dans le monde dont la grande majorité est réalisé en Afrique du Sud.

« C’est pourquoi il faut créer des centres de séquençage en Afrique, il faut séquencer le maximum possible pour voir s’il y a des variantes qui vont émerger », plaide le Prof. Ndieye.

 

Le vaccin Pfizer/Biontech a été approuvé au Royaume-Uni mercredi

3. Les nouvelles variantes peuvent-elles affecter l’efficacité des vaccins ?

Sur ce point les scientifiques se veulent rassurants.

Les mutations sont un phénomène normal chez les virus et il n’y a pas à ce stade de preuve que les variantes provoquent des formes plus graves de la maladie ni qu’ils pourraient affecter l’efficacité des vaccins Covid pour le Dr Matshidiso Moeti.

« Les variantes n’affectent pas la capacité des anti-corps à neutraliser les éléments étrangers et jusqu’à présent il n’y a pas de preuve tangible que ces variantes puissent jouer un rôle négatif par rapport aux anti-corps qui ont été attaqués », explique le Prof. Ndieye.

 

Un volontaire reçoit une injection d'un travailleur médical lors du premier essai clinique humain d'un vaccin potentiel contre COVID-19 à l'hôpital Baragwanath le 28 juin 2020 à Soweto, en Afrique du Sud

4. Les vaccins ont-ils été suffisamment testés en Afrique ?

Selon le Dr Ahmed Ogwell Ouma il existe des sites d’essais cliniques qui participent au développement de vaccins.

Jusqu’à présent, seuls quelques pays africains testent certains des vaccins : le Kenya teste le vaccin Oxford – Astrazeneca, l’Afrique du Sud teste les vaccins Oxford – Astrazeneca et celui de Johnson and Johnson, le Maroc teste le vaccin chinois Sinopharm.

Les scientifiques affirment qu’il est vital que les Africains participent à ces essais, expliquant que ne pas le faire pourrait compromettre les efforts pour trouver un vaccin qui fonctionne dans le monde entier – et pas seulement pour les nations les plus riches.

« Il faut qu’il y ait des essais cliniques qui soient menés aussi en Afrique. On a des co-morbidités qui ne sont pas forcément prévalentes dans certains pays, on a un background immunologique et génétique différent. Il y a des vaccins qui ont une efficacité importante dans un certain environnement et moins dans un autre donc il y a un besoin d’avoir des essais cliniques en Afrique aussi », insiste le Professeur Ntoumi.

« Doit-on toujours consommer de la recherche menée ailleurs et avec des approximations pour nos populations ? », ajoute-t-elle.

Un avis que balance le Professeur Ndieye : « avec l’expérience que j’ai eu sur des essais vaccinaux de phase 1 ou phase 2, les résultats ne varient pas grandement ».

Avec les graves perturbations introduites par la pandémie au niveau mondial la pression est grande sur les gouvernements afin de lancer les vaccinations et d’espérer un retour rapide à la normale.

Pour l’heure seul le vaccin Pfizer-Moderna a été approuvé par l’OMS pour la vaccination d’urgence mais les campagnes de vaccination ont commencé avec les autres vaccins dans différents pays.

Certains scientifiques souhaitent d’ailleurs que l’OMS accélère ses procédures afin d’approuver rapidement les autres vaccins.

L’Union africaine a obtenu un volume provisoire de 270 millions de doses de vaccin pour les États membres. Au moins 50 millions de doses de cette tranche seront disponibles pendant la période cruciale d’avril à juin de cette année. Les vaccins seront fournis par Pfizer, AstraZeneca (par le biais d’un licence indépendante du Serum Institute of India) et Johnson & Johnson.

 

Graphique ARN
Les états africains se préparent à inoculer un des vaccins prometteurs à leurs populations. Au Sénégal les réflexions sont avancées

5. Pourquoi l’Afrique est-elle absente de la course aux vaccins ?

Dans la course contre la montre pour trouver un vaccin capable de vaincre la pandémie du Covid-19, on a vu jusqu’à présent des vaccins russe, chinois, américains, britanniques mais peu ou pas vaccin développé en Afrique à l’exception de l’Égypte qui teste son propre vaccin local appelé « COVIED VACC 1 ».

Pourquoi cette quasi absence de l’Afrique ? Pour Francine Ntoumi, il faut chercher la réponse dans l’absence de politique de recherche au niveau continental.

« On ne s’improvise pas développeur de vaccin du jour au lendemain. Les équipes européennes, américaines, chinoises qui se sont lancées dans le vaccin sont des équipes qui étaient déjà dans le développement de vaccins et donc il était plus facile pour eux de passer d’un vaccin à un autre », explique Francine Ntoumi.

« Développer un vaccin est un long processus, il faut des investissements sur le long terme ou une politique en ce sens. Cela n’est que le reflet de l’absence de politique de recherche adaptée sur le continent et en particulier dans la recherche de solutions », ajoute-t’elle.

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